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CancerMaladiesSociété14 octobre 202611 min0 vues
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Le cancer du sein est un fléau, Octobre Rose aussi

Rodolphe Bacquet 14 octobre 2026

Chers amis,

Le rose du vernis d’Octobre Rose commence à s’écailler.

Je vous avais déjà écrit, il y a trois ans, au sujet du miroir aux alouettes que constitue cette coûteuse opération de communication dans une lettre intitulée « Dépistage ou mirage[1] ? »

L’Institut Cochrane documente depuis plusieurs années maintenant les risques de surdiagnostic, de traitements inutiles et de faux positifs, susceptibles d’engendrer une détresse psychologique, liés à Octobre Rose.

Je vous invite à relire cette lettre pour comprendre pourquoi les effets positifs annoncés du dépistage organisé sur la mortalité pèsent en réalité moins que ses conséquences négatives.

De même, il ne semble frapper personne que, maintenant plus de 20 ans que cette opération se déploie en France, l’incidence du cancer du sein, loin de baisser, ne fait que progresser[2].

Pire encore : en 2004, date du début d’Octobre Rose, on comptait 11 404 décès par cancer du sein en France. En 2022 (derniers chiffres que j’ai trouvés), c’était 12 757. Aussi, dans l’absolu, non seulement la mortalité elle-même ne baisse pas, mais elle augmente[3] !!

Si je vous parle de nouveau d’Octobre Rose cette année, c’est pour vous parler du système cynique qui se cache derrière, et dont les porteurs de bonne foi de ruban rose sont les complices involontaires.

Comment peut-on être contre le dépistage du cancer du sein ?!

Venu des États-Unis, Octobre Rose est désormais tellement implanté dans le paysage sociomédiatique de notre pays que ses créateurs ont réussi la prouesse de le faire se confondre parfaitement, dans l’esprit des gens, avec la lutte contre le cancer du sein.

Porter le ruban rose, c’est être contre le cancer du sein – donc, être solidaire. Ne pas le porter, c’est être irresponsable, égoïste. Raccourci dangereux.

C’est la réussite du hold-up opéré par les organisateurs d’Octobre Rose : comment peut-on être contre le dépistage du cancer du sein ?!

Personne ne peut l’être, à moins d’être un salaud.

La députée LFI Mathilde Panot en a fait les frais récemment en expliquant pourquoi elle ne portait pas docilement le ruban rose, comme ses autres collègues de l’Assemblée nationale.

Je précise ici que je n’ai aucune sympathie ni pour LFI, ni pour Mme Panot en particulier, mais il faut lui reconnaître un certain courage d’avoir, ainsi, bravé le concert aveugle de bien-pensance (tautologie) au sujet d’Octobre Rose…

Pour comprendre tout cela, il faut simplement répondre à cette question : où va l’argent d’Octobre Rose ?

Où va l’argent d’Octobre Rose ?

Octobre Rose n’est pas né d’un élan spontané de femmes en colère. Il est né, en partie, d’une entreprise, ICI (Imperial Chemical Industries), qui deviendrait plus tard un laboratoire dont le nom vous est familier, depuis le Covid au moins : AstraZeneca.

Le 11 octobre, le site Conspiracy Watch a publié un article sévère contre la vidéo de la députée Mathilde Panot, dans laquelle elle expliquait boycotter Octobre Rose pour les liens de l’entreprise… avec une entreprise israélienne impliquée dans la colonisation[4].

Je laisse de côté la question israélienne, hors-sujet ici (c’est ce qu’entend « débunker » le site Conspiracy Watch).

Or ICI a aussi, historiquement, des sociétés spécialisées dans la création de pesticides, dont le rôle dans le « bond » de l’incidence du cancer du sein est désormais notoire.

Voici ce qu’écrit l’article, mot pour mot :

« Il est tout à fait exact qu’ICI a joué un rôle dans l’histoire de la campagne américaine « Octobre Rose » : dans les années 1980, sa division pharmaceutique (qui deviendra AstraZeneca et produisait le tamoxifène, le traitement contre le cancer du sein le plus vendu au monde) s’est associée avec l’American Cancer Society pour lancer le premier mois de sensibilisation au cancer du sein en promouvant le dépistage par mammographie. »

Relisez lentement.

Un fabricant de médicaments contre le cancer du sein s’est associé au lancement d’Octobre Rose.

Et ce mois faisait la promotion d’un examen qui, mécaniquement, trouve davantage de cancers à traiter.

Le cancer est un marché

Ce que Mme Panot a correctement pointé du doigt, c’est que derrière les laboratoires qui fabriquent les médicaments contre le cancer, il y a aussi des industriels qui fabriquent, commercialisent et défendent des substances chimiques dont les effets sur la santé sont désastreux.

Le cancer est un marché, qui permet aux laboratoires qui développent ces traitements de faire des bénéfices ahurissants. Et, bonne nouvelle (pour eux) : le cancer est un marché en pleine expansion !

Mais c’est un marché dont la progression dépend d’un autre marché…

C’est là que l’histoire d’Octobre Rose rejoint celle d’une autre industrie, beaucoup moins souvent associée à la lutte contre le cancer : l’agrochimie.

Je voudrais vous parler d’une entreprise en particulier : Syngenta. Cette entreprise même dont le lien historique avec AstraZeneca a été souligné par Mme Panot.

Le nom de Syngenta vous est peut-être moins familier que celui d’AstraZeneca.

Pourtant, Syngenta est l’un des géants mondiaux des pesticides et des semences.

Son usine de Saint-Pierre-la-Garenne, dans l’Eure, est devenue le point de convergence d’une mobilisation qui mérite toute votre attention.

Le 3 octobre dernier, des malades, des agriculteurs, des militants écologistes, des soignants et des citoyens se sont rassemblés à proximité du site industriel, à l’appel notamment de la Confédération paysanne, des Soulèvements de la Terre et du collectif « Cancer Colère »[5].

Ce rassemblement ne dénonçait pas seulement l’utilisation de produits phytosanitaires dans les champs. Il s’attaquait à un système industriel et politique dans lequel les risques sanitaires liés aux pesticides, les conditions d’exposition des travailleurs et la contamination de l’environnement alimentent le cancer contre lequel Octobre Rose prétend lutter !!

Et parmi les voix qui se sont élevées, il y a celle de Fleur Breteau.

Fleur Breteau : quand les malades prennent la parole

Fleur Breteau a été confrontée à deux cancers du sein. C’est au cours de son deuxième traitement, en 2025, qu’elle découvre le vote de la loi Duplomb et les débats sur la réintroduction de pesticides[6].

Elle est alors en chimiothérapie.

Imaginez la scène : vous êtes en train de lutter contre une maladie qui vous épuise physiquement, psychologiquement, qui bouleverse votre vie et celle de vos proches.

Et vous apprenez, depuis votre lit de malade, que des responsables politiques veulent faciliter le recours à des substances dont les catastrophiques effets sanitaires sont parfaitement documentés.

Je vous écris d’ailleurs ces lignes en revenant d’un séjour en Allemagne où je me suis entretenu avec deux chercheurs ayant démontré sans confusion possible le rôle des pesticides industriels dans l’explosion de l’incidence du cancer. Je vous en reparlerai.

Je reviens à Fleur Breteau : c’est elle qui a fondé « Cancer Colère », un mouvement qui rassemble des personnes malades, d’anciennes malades et des citoyens décidés à faire de la prévention des cancers une véritable priorité politique.

Son idée est simple : nous ne pouvons pas nous contenter de financer les soins et de sensibiliser au dépistage (qui rapportent de l’argent à AstraZeneca, entre autres) si nous refusons simultanément de nous attaquer aux causes évitables des maladies (celles qui rapportent des sous à Syngenta, entre autres…).

Autrement dit, nous ne pouvons pas consacrer des sommes considérables à soigner des cancers tout en minimisant la responsabilité des entreprises responsables de certaines expositions environnementales et professionnelles, qui durent maintenant depuis plusieurs décennies.

« Cancer Colère » ne demande pas aux malades de renoncer ni au dépistage, ni aux traitements : il dénonce l’immonde hypocrisie d’une société qui appelle en masse les femmes à se faire dépister d’un cancer dont elle entretient sciemment les conditions d’apparition.

Car oui, Octobre Rose est une hypocrisie sans nom : l’opération donne bonne conscience aux organismes et aux particuliers qui y participent de bonne foi, tout en détournant l’attention du maintien et même de l’aggravation du système qui entretient et nourrit le risque de la maladie…

C’est un cercle vicieux, mais un cercle vicieux rémunérateur pour certains puisqu’il continue à enrichir tout à la fois les industries qui produisent et vendent ces pesticides cancérogènes, ainsi que les laboratoires pharmaceutiques réalisant les traitement…

Les entreprises qui vous soignent sont celles qui vous rendent malades

Je vous parle, ici, de Syngenta et d’AstraZeneca.

Vous pourriez me répondre que c’est une exception, que les liens ne sont pas si clairs que ça…

Alors laissez-moi clarifier une bonne fois pour toutes les choses.

Les entreprises qui vous soignent sont celles qui vous rendent malades.

Ce n’est pas un délire paranoïaque, mais une réalité économique, dont l’exemple le plus fameux est celui de Monsanto, la célèbre firme américaine productrice du Roundup, racheté en 2018 par Bayer, le géant allemand du médicament, pour 66 milliards de dollars[7].

Autrement dit, la firme qui, aujourd’hui, produit et distribue le pesticide le plus vendu au monde, est la même que celle qui vend, chaque année, pour plus de 50 milliards d’euros de médicaments chimiques.

L’opération de rachat a réussi à bâillonner, en juin dernier et au bout de quelques années de procédures juridiques, les dizaines de milliers de plaintes qui avaient été adressées, aux États-Unis, à Monsanto pour les cancers provoqués par le Roundup[8] :

Ainsi, oui, il faut reconnaître à Mme Panot qu’elle a raison quand elle dit que les entreprises qui vous soignent sont les mêmes que celles qui vous empoisonnent.

Nul complotisme là-dedans, mais une simple et désarmante réalité économique, soutenue par le système des lobbies et la corruption des gouvernements.

Prévenir les cancers, vraiment

Pendant Octobre Rose, vous êtes invitée à porter un ruban, à faire un don, à courir pour la bonne cause ou à prendre rendez-vous pour une mammographie.

Mais qui vous invite à interroger les substances auxquelles vous êtes exposé au travail, dans votre alimentation ou dans votre environnement ?

Qui vous rappelle que la prévention ne commence pas au moment où l’on entre dans un cabinet de radiologie, mais bien en amont, dans les décisions industrielles, agricoles et politiques qui façonnent votre environnement de vie et votre quotidien ?

Fleur Breteau et Cancer Colère nous obligent à regarder cette contradiction en face.

Soigner et dépister les cancers est indispensable. Éviter qu’ils surviennent l’est tout autant, sinon davantage.

La lutte contre le cancer ne devrait pas se résumer à détecter toujours plus tôt des tumeurs, à développer de nouveaux traitements et à financer des campagnes de sensibilisation.

Elle devrait aussi conduire les autorités de santé à examiner sans complaisance les causes environnementales et professionnelles dont elles portent, in fine, la responsabilité.

C’est une question de santé publique. Mais c’est aussi une question de courage politique.

Portez-vous bien,

Rodolphe


Sources :

[1] Voir la source Rodolphe Bacquet, “Dépistage ou mirage ? », dans Alternatif Bien-Être, le 1 octobre 2023

[2] Voir la source « Une incidence en augmentation et une mortalité en baisse », Santé Public France, mis à jour le 6 juillet 2026

[3] Voir la source « Le dépistage organisé du cancer du sein », Assurance Maladie, le 24 septembre 2026

[4] Voir la source « Le fil rose du soupçon », dans Conspiracy watch, le 11 octobre 2026

[5] Voir la source Anne-Emmanuelle Lambert, « On est des millions en colère : le rassemblement contre les pesticides agricoles a commencé ce samedi, en Normandie », Ouest-France, le 3 octobre 2026

[6] Voir la source « Notre histoire », dans Cancer Colère

[7] Voir la source « Bayer confirme le rachat de Monsanto pour près de 66 milliards de dollars, dans RTS, le 14 septembre 2016

[8] Voir la source « États-Unis et Monsanto : la Cour suprême américaine bloque la voie à des dizaines de milliers de plaintes contre Bayer », dans Libération, le 25 juin 2026

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