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Bien-êtreDéveloppement personnel4 octobre 202610 min0 vues
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Les évènements les plus stressants de votre vie

Rodolphe Bacquet 4 octobre 2026

Chers amis,

Dans quinze jours, je déménage. Je suis en plein dans les cartons, et évidemment en train de préparer la période de transition, notamment scolaire, pour mes enfants.

Sans surprise, je dors mal. Déménager, c’est assez stressant.

Et c’est là que je me suis rappelé une fameuse échelle mise au point par deux psychiatres américains il y a bientôt 60 ans, et qui « classe » très précisément chaque épisode de la vie par un « score de stress ».

La liste est édifiante – je vais vous la donner dans un instant – mais c’est surtout son utilisation aujourd’hui qui est intéressante.

Combien de grands bouleversements avez-vous vécus au cours des douze derniers mois ?

Avez-vous, au cours des douze derniers mois, vécu vous-même :

  • Un déménagement ?
  • Un changement de travail ?
  • Une séparation ?
  • Une maladie ?
  • Un décès dans votre entourage ?
  • Une naissance ?
  • Une grosse difficulté financière ?

Tous ces évènements sont source de stress ou ce qu’on appelle, encore, des épreuves.

Les deux psychiatres américains dont je vous parlais plus haut ont « mesuré » le stress provoqué par chacune de ces épreuves.  

Thomas Holmes et Richard Rahe – c’est le nom de ces deux psychiatres – publièrent en 1967 la Social Readjustment Rating Scale, ou « échelle de réajustement social »[1].

Le principe est simple.

Ces différents événements de la vie nous obligent à vous adapter.

Et peu importe, à l’origine, qu’ils soient agréables ou désagréables.

Un mariage demande une adaptation, une naissance aussi, un déménagement itou.

Les évènements malheureux, comme un divorce, un licenciement ou le décès d’un proche, sollicitent également votre capacité d’adaptation, voire de résilience.

Pour le dire crûment, il faut encaisser, parfois se reconstruire.

Holmes et Rahe attribuèrent donc à ces différents événements (ils en listèrent 43) un certain nombre de Life Change Units, ou unités de changement dans la vie.

Les deux psychiatres ont, pour ce faire, analysé les dossiers médicaux de 5000 patients et trouvé une corrélation entre des événements stressants (récents) de la vie courante et l’état de santé. Ils ont construit une échelle allant de 0 (pas de stress) à 100 (stress maximal) selon les circonstances vécues.

Le décès du conjoint reçoit ainsi le score maximal de l’échelle : 100 points.

Le divorce : 73 points.

Une séparation conjugale : 65.

Une maladie ou une blessure personnelle importante : 53.

Un changement de travail : 36.

Un déménagement : 20.

Même les vacances apparaissent dans la liste, avec 13 points.

Autrement dit, même quelque chose que vous attendez avec impatience peut demander à votre organisme un effort d’adaptation.

Voici l’intégralité de l’échelle de Holmes et Rahe (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

Évidemment, chaque score est attribué en fonction d’une moyenne.

D’une part, chacun de nous a une sensibilité et une capacité d’adaptation qui peut varier considérablement d’un individu à l’autre.

Mais l’outil est intéressant parce qu’il permet d’objectiver la « charge de stress » cumulée.

Et maintenant, additionnez vos points

L’idée de Holmes et Rahe était en effet ensuite d’additionner les événements survenus au cours d’une période donnée.

Plus le total était élevé, plus la quantité de « réajustement » nécessaire était importante.

Ils estimaient qu’un score de 300 et plus pour des événements survenus dans les douze derniers mois expose à un risque élevé de problèmes de santé au cours de l’année suivante.

C’est ici qu’il faut prendre un peu de recul.

Le score de Holmes et Rahe ne permet pas de prédire qu’une personne va tomber malade.

Et surtout, un même événement ne provoque pas, je le répète, la même réaction chez tout le monde.

Un déménagement peut être un traumatisme pour l’un et une libération pour l’autre.

Une promotion peut être une formidable nouvelle… ou le début d’une période d’épuisement.

L’intérêt de l’échelle est donc moins de vous dire : « Si vous avez 320 points, attention, vous allez tomber malade » que de vous faire prendre conscience d’une chose beaucoup plus intéressante, à savoir que votre organisme doit s’adapter à tout changement important et que, parfois, ces changements s’accumulent.

L’autre « problème » de cette échelle, c’est… son ancienneté. Elle a été établie en 1967, sur la base d’un panel d’Américains.

Entre 1967 et 2026, le quotidien a beaucoup changé.

À cette époque, on parlait par exemple de « saisie d’une hypothèque supérieure à 10 000 dollars » ; certaines formulations sont également très marquées par les normes sociales de l’époque ; il est donc difficile de considérer cette liste comme parfaitement adaptée à la nôtre.

Alors, en 2023, quatre chercheurs de l’université d’Essex et de l’université de Pavie ont entrepris quelque chose d’assez rare : ils ont mis l’échelle à jour.

La « nouvelle » échelle de stress

Denise Wallace, Nicholas Cooper, Alejandra Sel et Riccardo Russo ont demandé à 540 adultes britanniques âgés de 18 à 84 ans d’évaluer à leur tour les différents événements de la vie et la quantité de réajustement qu’ils nécessitent[2].

Ils ont publié les résultats de leur étude dans Plos One, fin 2023, et il y a quelques surprises ; plus exactement une grosse surprise.

Les chercheurs ont conservé les événements de l’échelle originale afin de pouvoir comparer les résultats.

Ils ont simplement actualisé leurs pondérations et modernisé la formulation de douze items.

Résultat : les nouveaux scores restent largement cohérents avec les anciens, mais sont globalement plus élevés que ceux de 1967.

En moyenne, les pondérations ont augmenté d’environ 28 %.

Autrement dit, les grands événements de la vie semblent, dans cette nouvelle étude, nécessiter en moyenne davantage de stress et d’adaptation qu’un demi-siècle plus tôt.

Le décès de l’époux ou de l’épouse/ou du coinjoint(e) reste au sommet de la liste, mais le divorce est relégué à la quatrième place, remplacé, à la deuxième, par… la détention !

Mais certaines évolutions sont particulièrement intéressantes.

Par exemple, la grossesse passe de 40 à 65 unités.

Le décès d’un ami proche passe de 37 à 64.

Et une saisie immobilière ou bancaire passe de 30 à 62.

Ils ont également identifié trois événements que de futurs travaux pourraient intégrer à l’échelle : un problème de santé mentale, la mort d’un animal de compagnie et l’émigration.

Mais surtout, les chercheurs ont ajouté à la fin de l’échelle un événement qui aurait été difficile à imaginer sous cette forme en 1967 : vivre seul.

Vivons-nous dans un monde plus stressant qu’en 1967 ?

Ce sont à mes yeux les deux grandes leçons de cette étude.

La « pondération » générale des épreuves nécessitant une adaptation a fortement progressé entre 1967 et 2023 : les mêmes évènements sont plus stressants.

Est-ce à dire que nous vivons, en 2026, dans un monde plus stressant qu’en 1967 ?

Franchement, je ne crois pas.

La vie est, et a toujours été, stressante. Aujourd’hui nous avons les guerres en Ukraine, en Iran et en Israël ; en 1967 nous avions le Vietnam, Cuba et la guerre froide. Aujourd’hui nous avons le dérèglement climatique ; en 1967, la menace nucléaire.

Et ça, c’est juste pour la partie internationale.

Alors, quoi ?

Alors… la solitude, l’item relevé par les auteurs.

Oui, la solitude a fortement progressé ces dernières décennies. Le modèle familial s’est progressivement délité, l’écart entre les générations s’est creusé, les jeunes se sentent seuls, les séniors se sentent seuls, les adultes ont peur les uns des autres…

Je crois que ces deux informations sont liées.

Les auteurs de l’étude de 2023 ne l’écrivent pas explicitement, mais c’est pour moi l’évidence : la vie est, à bien des égards, plus stressante lorsque l’on vit seul.

Que l’on soit objectivement isolé, ou socialement isolé.

En 1967 le cadre familial permettait encore aux individus d’amortir le stress provoqué par différentes épreuves de la vie ; en 2026 l’on est, globalement, davantage seul à gérer ces mêmes épreuves.

Et c’est plus dur.

En 2023 justement je vous écrivais déjà une lettre sur cette « épidémie de solitude »[3] :

Ce phénomène, qui a connu une aggravation par le jeu délétère des confinements décidés au moment du Covid, puis de la ségrégation sociale organisée pour raisons d’obéissance sanitaire, n’a cessé de prendre de l’ampleur, porté par à la fois par la crise économique et le « refuge » pathologique dans les écrans. 

Or, je le répète, plus on est seul et isolé, moins on est solide face aux épreuves de la vie.

D’où l’augmentation des scores de stress en 2023 pour presque chaque évènement identifié en 1967 !!

Les autres

« L’enfer, c’est les autres. »

Fameuse phrase de Sartre.

Oui, mais sans les autres, on est seul, et seul, on est malgré tout plus fragile.

Aussi, je vous invite une nouvelle fois à « additionner » votre score sur l’échelle de Holmes et Rahe. Cela vous vous donnera un indice de votre charge accumulée.

Mais surtout je vous pose ces questions : 

Lorsque quelque chose de difficile vous arrive, avez-vous quelqu’un à qui parler, téléphoner ?

Quelqu’un qui peut vous aider concrètement ?

Existe-t-il au moins une personne devant laquelle vous n’avez pas besoin de faire semblant que « tout va bien » ?

Y’a-t-il quelqu’un pour garder vos enfants et/ou vos animaux de compagnie, vous apporter un repas, vous accompagner à un rendez-vous, vous écouter dix minutes sans chercher immédiatement à vous donner une solution, ni à vous soutirer quelque chose en échange ?

Je vous laisse me donner votre sentiment sur cette lettre en commentaire.

Portez-vous bien,

Rodolphe


Sources :

[1] Voir la source

[2] Voir la source – Denise Wallace, Nicholas R. Cooper, Alejandra Sel & Ricardo Russo, « The Social Readjustment Rating Scale : Updated and Modernised », Plos One, 18 décembre 2023

[3] Voir la source – Rodolphe Bacquet, « Existe-t-il une “épidémie de solitude” ? », site de la revue Alternatif Bien-Être, 15 octobre 2023

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