Chers amis,
Au cours de cet été infernal, toutes les éditions de JT et de flashs info des radios auront mis à jour la liste des départements en vigilance orange ou rouge canicule, la progression et la localisation des feux de forêt ainsi que l’état d’avancement des sécheresses des cours d’eau et des terres arables.
Autrefois, la terre brûlée était une stratégie passablement barbare en temps de guerre ; aujourd’hui, c’est une norme qui s’impose à nous.
Or cette série de crises météorologiques en prépare une autre, bien plus durable : je parle de la pénurie qui s’annonce sur les étals de vos marchés et supermarchés cet automne.
Déjà, cette pénurie est sur toutes les lèvres des maraîchers présents sur les marchés que j’ai fréquentés ces dernières semaines.
Elle annonce une crise à la fois alimentaire et économique que nous serions inconscients de sous-estimer.
Et à laquelle, par conséquent, il s’agit de se préparer.
Cet automne, votre panier de légumes vous coûtera beaucoup plus cher
C’est, en vérité, une situation à laquelle la France, et plus largement l’Europe occidentale, habituées à une offre de nourriture pléthorique depuis des décennies, n’ont pas été confrontées depuis au moins un demi-siècle.
Cet automne, votre panier de légumes vous coûtera beaucoup plus cher.
Et certains légumes, comme certains fruits, pourraient tout simplement manquer.
Difficile de dire encore si la situation sera comparable à celle des magasins d’alimentation d’Europe de l’Est durant l’ère communiste…
… Mais ce qui est d’ores et déjà certain, c’est que la sécheresse et les vagues de chaleur de cet été sont déjà en train de provoquer dans nos campagnes, et par effet domino dans nos marchés et nos supermarchés, une situation préoccupante.
Vous avez peut-être déjà remarqué que votre salade est plus chère, vos légumes moins beaux, les étals moins bien garnis…
Pour l’instant, cela reste discret.
Mais dans certaines régions françaises, la situation est déjà catastrophique.
« Il n’y a plus rien à récolter »
C’est particulièrement vrai en Bretagne, l’une des grandes régions françaises de production légumière.
Depuis la mi-mai, certaines zones n’ont pratiquement pas reçu de pluie. En Bretagne !!!
Et lorsqu’un maraîcher regarde son champ aujourd’hui, il ne voit pas seulement une récolte médiocre, aux légumes atrophiés (les salades sont minuscules).
Il voit parfois une récolte qui n’existe plus : des brocolis, des artichauts, des salades, des jeunes pousses, autant de légumes qui auraient dû alimenter les étals français dans les prochaines semaines.
Dans certaines exploitations, les pertes atteignent déjà des proportions vertigineuses.
La fédération Légumes de France évoque ainsi des destructions pouvant atteindre 100 % des brocolis et des artichauts dans certaines zones[1].
Et le problème ne concerne pas seulement ce qui aurait dû être récolté aujourd’hui.
L’autre danger, plus étendu encore, est ce qui ne pourra pas être récolté demain.
Pour produire des légumes à l’automne, il faut les semer ou les planter maintenant.
Mais comment planter lorsque la terre est desséchée ?
Comment faire pousser de jeunes plants lorsque l’eau manque ?
Et comment espérer une récolte dans quelques semaines lorsque les semis eux-mêmes ne survivent pas [2] ?

C’est ainsi que les canicules et la sécheresse de mai, juin, juillet et d’août sont en train de devenir la pénurie de septembre, octobre ou novembre… si ce n’est davantage.
Les producteurs de salades, de mâche et de jeunes pousses sont particulièrement exposés.
Et lorsque l’offre diminue brutalement, il ne faut pas être économiste pour comprendre ce qui arrive : les prix montent.
Certaines salades ont déjà augmenté de 50 %.
Et ce n’est selon toute vraisemblance qu’un début.
Végétariens, flexitariens, régimes sans gluten… tout le monde est concerné !!
Le plus troublant, dans cette histoire, est que cette catastrophe ne touche pas seulement les légumes.
Le maïs pourrait ainsi enregistrer une baisse de production de 35 %[3], avec une récolte attendue à son plus bas niveau depuis 1980.
Le blé est lui aussi en recul. Le blé, donc… le pain.
Dans les élevages, la sécheresse menace les réserves de fourrage. Certaines vaches laitières commencent déjà à ne plus donner de lait.
Autrement dit, ce qui commence aujourd’hui par une salade plus chère pourrait demain toucher beaucoup plus largement notre alimentation : la boulangerie, la boucherie, la laiterie.
Car notre nourriture est une chaîne : moins de pluie = moins de fourrage = moins de récoltes = moins d’animaux nourris correctement = moins de production = des prix plus élevés pour tout le monde.
Je dis bien tout le monde : que vous soyez végétarien, carnivore, flexitarien, que vous mangiez avec ou sans gluten… tous les consommateurs vont devoir payer au prix fort les conséquences de cet été infernal… et l’impréparation des « décideurs ».
Ce n’est plus seulement la maison qui brûle : c’est le jardin, et le grenier à blé
Il y a quelque chose de profondément absurde dans la manière dont la France gère cette crise.
Vous vous rappelez la phrase du président Chirac : « notre maison brûle, et nous regardons ailleurs ».
Plusieurs de nos concitoyens, cet été, ont vraiment vu leur maison brûler.
Et, à côté, les forêts.
Ce n’est plus seulement la maison qui brûle : c’est le jardin, et le grenier.
Nous voyons les champs souffrir, les récoltes disparaître, les producteurs perdre le fruit de leur labeur, et leur travail même. Nous voyons la pénurie arriver comme un nuage menaçant au-dessus de nos têtes.
Et que font les autorités ?
Elles indemnisent, elles exonèrent…
Certes, tout cela est nécessaire.
Mais tout cela intervient après la catastrophe.
Une aide financière peut empêcher un agriculteur de faire faillite, mais ne peut pas faire repousser un brocoli mort, ni rendre de nouveau fertile un terrain carbonisé.
Elle ne peut pas faire tomber 50 millimètres de pluie, ni reconstituer en quelques semaines l’eau qui manque dans les sols.
Dans certains villages de Bourgogne la sécheresse a atteint un tel niveau qu’on est obligé de faire venir l’eau par camion-citerne[4].
Gabegie de la « loi d’urgence agricole » : démonstration par l’absurde tragique
Tout cela est d’autant plus absurde que la France vient précisément d’adopter une « loi d’urgence agricole ».
On pourrait donc penser qu’elle apporte une réponse immédiate à la situation.
Mais ce n’est pas le cas. Et pour cause ! Elle est pleine de « solutions » d’un autre temps. Elle répond à des problématiques de 2026 par des solutions des années 1970.
En termes « d’urgence » cette loi est donc nulle et non avenue.
La loi prévoit notamment de faciliter le stockage de l’eau et le développement de l’irrigation.
C’est indispensable pour les uns, discutable pour les autres.
Mais cela concerne essentiellement… 2035.
Une retenue d’eau ne se construit pas en quelques semaines.
Une infrastructure d’irrigation non plus.
Et aucune loi ne peut réparer les récoltes qui ont déjà été détruites cet été.
Nous sommes donc face à un curieux paradoxe : les chambres votent une loi destinée à « préparer » l’agriculture aux sécheresses futures au moment même où une sécheresse est déjà en train d’anéantir la moitié de notre production agricole.
Et nos parlementaires ont le culot d’appeler ça une « loi d’urgence »…
C’est la seconde fin des « fruits et légumes de saison »
Cette « loi d’urgence agricole », en réalité, nous prépare des années funestes.
Car ce qu’elle « défend », c’est l’agriculture de masse, industrielle et, si j’ose dire, « hors sol », ou « hors saison ».
Depuis longtemps, on considère comme normal de trouver toute l’année pratiquement tous les fruits et légumes : tomates en hiver, courgettes au printemps, poires en plein été, etc.
Peu importe, finalement, la météo.
Les chaînes logistiques, les importations et les serres font le reste.
Mais cette abondance permanente repose sur une condition : il faut qu’il y ait toujours quelque part une région du monde capable de produire ce que nous ne pouvons plus produire ici.
Or que se passe-t-il si les sécheresses se multiplient partout ?
Que se passe-t-il si l’Espagne, l’Italie, le Maroc ou d’autres grands fournisseurs européens subissent eux aussi des épisodes de chaleur et de sécheresse ?… Comme c’est le cas aujourd’hui ?
On découvre alors une chose très simple : la souveraineté alimentaire n’est pas une idée abstraite.
C’est la possibilité, ou non, de remplir votre assiette, et de surcroît de la remplir avec des produits sains.
La sécheresse et la pénurie qui s’annonce pour 2026 marquent en fin de compte la seconde mort des fruits et légumes de saison : c’est un modèle que l’industrie agro-alimentaire a, déjà, sinon détruit, du moins marginalisé, depuis des années.
Or c’est ce modèle de production intensive que la « loi d’urgence agricole » entend protéger : une agriculture de masse, désormais inadaptée aux extrêmes climatiques, et qui ne « fonctionne » que sous perfusion de produits phytosanitaires toxiques.
Alors que faire ?
L’urgence, et la résilience
À mon sens, il s’agit de rendre notre agriculture beaucoup plus résistante.
Cela passe par les variétés cultivées, la santé des sols, leur capacité à retenir l’humidité, la diversification des cultures, l’agroforesterie, la protection des terres agricoles et toutes les pratiques capables de rendre les exploitations moins vulnérables aux extrêmes climatiques.
Ça, j’en conviens, c’est du long terme aussi.
Et pour l’urgence que nous connaissons aujourd’hui ? Et la pénurie que nous nous apprêtons à connaître cet automne ?
C’est très simple : un fonds d’urgence pour nos paysans, que l’État laisse périr, sur l’autel du marché mondialisé et de l’impréparation aux extrêmes climatiques.
Car sans paysans, pas de souveraineté alimentaire à (re)construire.
Aussi, je vous en prie, signez et envoyez à vos proches la pétition ci-dessous, avant que les fruits et légumes français ne disparaissent, nous mettant encore plus à la merci d’une gouvernance et de choix politiques et économiques insensés.
>>> OUI au fonds d’urgence pour les paysans français <<<
Rodolphe Bacquet
[1] Libération, lundi 10 août 2026
[2] Arthur Besnard et Manon Rescan : « La sécheresse provoque un « effondrement » de la production de légumes : « Même irrigués, les jeunes plants n’ont pas survécu », dans Le Monde, le 01 août 2026
[3] Libération, lundi 10 août 2026
[4] Libération, mardi 11 août 2026