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Bien vieillir2 août 20266 min1 vue
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Mesdames, vos organes ne « tombent » pas. Ils vous lancent un appel au secours !

Rodolphe Bacquet 2 août 2026

Chers amis,

La « révolution sexuelle » des années 1960 et 1970 porte un nom trompeur. Si elle a changé le regard, dans les pays occidentaux, sur les relations sexuelles, elle n’a pas du tout changé celui sur les organes sexuels et intimes, qui sont restés un sujet tabou.

À ce titre, on en est toujours au XIXe siècle, si ce n’est au Moyen Âge.

Ces organes sont liés à des sujets, des problématiques, dont on ne parle presque jamais. Les hémorroïdes en font partie (je vous ai déjà écrit à ce sujet). L’incontinence aussi.

Et puis il y a le prolapsus.

Le mot est presque aussi embarrassant que le problème lui-même.

Beaucoup de femmes n’osent même pas le prononcer. Elles parlent d’une « boule », d’une « gêne », d’une « pesanteur », de « quelque chose qui descend ».

Certaines attendent des mois, parfois des années, avant d’en parler à leur médecin.

D’autres se persuadent qu’après plusieurs grossesses ou après la ménopause, « c’est normal ».

Non. C’est fréquent ; mais ce n’est pas normal. Et, malheureusement, si c’est aussi fréquent, c’est précisément à cause de la gêne qu’éprouvent beaucoup de femmes à parler ouvertement de ces sujets à leur médecin.

La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas une fatalité.

Aujourd’hui, près d’une femme sur deux ayant eu des enfants présente un certain degré de prolapsus au cours de sa vie[1].

Chez les femmes de plus de 70 ans, la proportion est encore plus élevée. Pourtant, seules les formes les plus sévères sont connues du grand public.

En réalité, il existe toute une gradation.

Le prolapsus commence souvent discrètement, par une sensation de lourdeur dans le bassin, l’impression qu’un tampon est mal placé et/ou d’un inconfort en fin de journée.

Parfois par des envies d’uriner plus fréquentes.

Ou par cette étrange sensation qu’il faut pousser pour terminer d’aller à la selle.

Puis, progressivement, quelque chose change. Les tissus qui soutiennent les organes du petit bassin perdent de leur efficacité.

La vessie, l’utérus ou le rectum commencent alors à exercer une pression sur la paroi du vagin.

Dans les cas les plus avancés, une partie de cette paroi peut même apparaître à l’entrée de la vulve.

C’est précisément cela, un prolapsus.

Ce n’est pas du tout une maladie ; ce serait plutôt un problème biomécanique.

Pour comprendre ce qui se passe, je vais laisser un instant de côté mes planches d’anatomie (pour mieux les reprendre) et vous inviter à tendre un hamac.

Vous tendez une toile entre deux arbres solides. Tant que les cordes sont résistantes et bien tendues, le hamac supporte facilement une personne.

Mais avec le temps, les fibres s’usent, le tissu se détend ; si vous ajoutez à cela des charges répétées, la pluie, le soleil et des années d’utilisation avec, par-dessus le marché, une, voire deux personnes supplémentaires, le hamac finit par s’affaisser.

Votre plancher pelvien fonctionne exactement de cette manière.

À la base du bassin se trouve un ensemble extraordinairement complexe de muscles, de ligaments et de tissus conjonctifs que l’on appelle, en anatomie, le plancher pelvien, ou périnée :

Il constitue le véritable « plancher » de votre abdomen.

Au-dessus de lui reposent trois organes relativement lourds :

  • la vessie ;
  • l’utérus (lorsqu’il est présent) ;
  • le rectum.

Des dizaines de fois par jour, ces structures subissent une augmentation de pression quand par exemple :

  • vous toussez ;
  • vous éternuez ;
  • vous riez ;
  • vous soulevez votre petit-fils ;
  • vous portez vos sacs de courses ;
  • vous jardinez ;
  • vous allez à la selle.

Le périnée absorbe alors ces contraintes sans que vous en ayez conscience, des milliers de fois… tous les jours… pendant des décennies.

Il est bien normal qu’à un moment ou l’autre il commence à fatiguer.

On entend souvent dire : « À partir d’un certain âge, les organes descendent. »

En fait ça n’est pas vrai. L’âge n’est pas la cause.

Il agit plutôt comme un révélateur, ou un facteur supplémentaire.

Les véritables causes ont débuté leur travail bien avant.

Ce sont d’abord, Mesdames, votre – ou vos – grossesses.

C’est le ou les passagers supplémentaires de votre hamac.

Neuf mois durant, le poids de votre utérus et de son ou ses locataires augmente considérablement la pression exercée sur le plancher pelvien.

Puis vient l’accouchement : le périnée peut alors être étiré jusqu’à trois fois sa longueur habituelle.

Les muscles récupèrent souvent très bien, mais pas toujours complètement.

Chez certaines femmes, des lésions microscopiques des muscles ou des nerfs persistent pendant des années sans provoquer le moindre symptôme.

Puis arrive la ménopause et, vous le savez, les œstrogènes diminuent.

Or ces hormones ne servent pas uniquement à réguler le cycle menstruel.

Elles participent également au maintien de la qualité des muqueuses, du collagène et de la vascularisation des tissus du vagin et du plancher pelvien.

Les tissus deviennent progressivement plus fins, moins souples et moins résistants.

C’est souvent à ce moment-là que des fragilités anciennes deviennent visibles.

Mais la grossesse et la ménopause ne suffisent pas à expliquer tous les prolapsus.

Certaines femmes n’ont jamais eu d’enfant et développent pourtant une descente d’organes.

Pourquoi ?

Parce qu’il existe un autre ennemi, infiniment plus discret. Et celui-là agit chaque jour !

Reprenez votre hamac. Si vous vous allongez dedans une paire de fois et que vous vous relevez, il sera exactement à la même hauteur qu’avant.

Mais au bout de plusieurs dizaines, centaines d’utilisations, ses tissus vont être de plus en plus distendus jusqu’à frôler le sol.

Votre abdomen fonctionne selon le même principe. À chaque augmentation de pression abdominale, le périnée reçoit une poussée vers le bas.

Une seule toux ne pose aucun problème. Mais une bronchite chronique ?

Des années de constipation ?

Le port quotidien de charges lourdes ?

L’obésité abdominale ?…

Les exercices réalisés en bloquant la respiration ?

Voilà ce qui finit par distendre vos tissus, exactement comme un hamac, et à fragiliser le système.

Autrement dit, ce n’est pas un événement ou un choc spectaculaire qui provoque un prolapsus, mais l’accumulation de milliers de microcontraintes.

Et c’est précisément cette bonne nouvelle qui ouvre la porte à la prévention.

Car si les mauvaises habitudes ont construit le problème pendant des années…

de nouvelles habitudes peuvent, elles aussi, transformer progressivement la situation.

À condition de savoir lesquelles.

Et c’est ce que nous verrons dans une prochaine lettre.

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Voir la source « Prolapsus des organes pelviens », dans ICS

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