Voici le plus beau jour de la vie de Napoléon ; quel est le vôtre ?

Chers amis,

Lundi dernier, j’ai lu ceci dans un roman :

« Une fois, un tas de généraux avaient demandé à Napoléon quel était le plus beau jour de sa vie. Ils pensaient qu’il citerait un jour où il avait gagné quelque grande bataille, ou bien le jour où il était devenu empereur. Mais il dit :

  • Messieurs, le plus beau jour de ma vie fut celui de ma première communion[1]. »

L’anecdote me parut amusante, et je me demandai si elle avait été inventée par l’auteur du roman.

Elle serait toutefois bel et bien réelle et, d’après l’historien Philippe Bornet, c’est le général Drouot, l’un des plus fidèles amis de Napoléon, qui aurait été témoin de cette scène, rapportée dans ses mémoires[2].

Cette répartie attribuée à Napoléon a dû faire florès car Flaubert, dans son Dictionnaire des idées reçues, y consacre une entrée à part entière, à « Communion » :

« La Première communion : le plus beau jour de la vie »

Le plus beau jour de la vie de Napoléon

Le « mot » de Napoléon était, sans doute, sincère.

Ses généraux devaient en effet s’attendre à ce que l’Empereur évoque le jour de sa victoire sur le pont d’Arcole, ou bien celui de la bataille des pyramides, en Égypte ; ou encore le jour où il a conquis le cœur de Joséphine de Beauharnais, ou accompli quelque autre exploit.

Mais non : le plus beau jour de sa vie, qui lui vient spontanément à l’esprit alors qu’il est au sommet de sa gloire et de son pouvoir, c’est le jour de sa première communion, un « évènement » qu’aucune peinture monumentale de David ne représente et qui ne figure dans aucun manuel d’histoire.

Les historiens voient volontiers dans cette confidence un témoignage du rapport compliqué de Napoléon avec la religion et la foi.

Peut-être.

Je pense, moi, qu’on peut y voir quelque chose de plus simple.

Napoléon a-t-il été heureux et satisfait lorsqu’il a emporté le pont d’Arcole, la bataille des pyramides, ou celle de Wagram, d’Austerlitz (et autres noms de stations de métro parisien) ?

Assurément. Mais figurons-nous, également, l’état d’extrême tension, de vigilance exacerbée, la fatigue physique et morale qui devait accompagner l’homme ce jour-là.

Une bataille en amène toujours une autre, et se gagne au prix de nombreux morts.

Si j’étais un chef d’armée, je ne pourrais pas estimer que le plus beau jour de ma vie fut celui où des centaines voire des milliers de soldats ont perdu la leur.

Imaginons à présent le jour où Napoléon devint général, ou premier consul ; ou encore celui où il fut sacré empereur.

On ne peut qu’imaginer sa fierté, son orgueil ; mais il devait plus que tout autre être également conscient des jalousies qui le guettaient et des ennemis qu’il se créait.

En somme, la première communion paraît une réponse logique. Napoléon, enfant, accomplissait une sorte de rite dans la vie de sa petite paroisse corse.

Il n’a, ce jour-là, ni failli perdre sa vie, ni été témoin de scènes de guerre. Il était entouré des membres de sa famille qui l’aimaient, de gens de son village qui le regardaient avec bienveillance. On peut imaginer le repas de fête qui a suivi, à la maison ou à l’auberge du village, les cadeaux simples et les félicitations émues que le jeune garçon reçut.

C’était un moment de paix, de simplicité et d’amour ; et dans le même temps c’était un jour où il fut le centre de l’attention générale, comme son destin a prouvé qu’il en avait le goût.

Quel est le plus beau jour de votre vie ?

Nous avons tous, je trouve, quelque chose de personnel à tirer de cette anecdote.

Les moments de notre vie où nous avons été les plus heureux varient d’une personne à l’autre, mais ce sont rarement ceux qui ont été les plus spectaculaires. Au contraire, ce sont les plus simples.

Faites donc l’exercice et l’effort, pour vous-même.

Dans les derniers jours de votre vie, quelles journées vous rappellerez-vous avec le sourire ?

Quels sont les instants dont le souvenir vous apportera un mélange de sérénité et de plénitude ?

Celui où vous avez enfin obtenu ce poste tant convoité, ou peut-être même gagné au loto ?… Et les ennuis qui vont avec ?

Ou bien vos mercredis à jouer dans le jardin, vos dimanches après-midi chez vos grands-parents, ou la naissance de votre premier enfant ?

J’ai le sentiment que le « scénario » du plus beau jour d’une vie n’est pas celui d’une superproduction hollywoodienne, mais plutôt une suite de scènes improvisées et tournées avec une caméra amateur.

Il y a peu d’acteurs, le décor est simple et familier, et on a plaisir à le voir et le revoir.

Et le plus beau, lorsque l’on a compris cela, c’est que c’est finalement assez facile à renouveler.

Et vous, quel est le plus beau jour de votre vie ? Je vous invite à le partager en commentaire.

Portez-vous bien,

Rodolphe Bacquet

[1] Joyce J (1943). Dedalus, trad. Ludmila Savitzky. éd. Folio, p76

[2] Radio Notre Dame (31.03.21). Bicentenaire de la mort de Napoléon: l’Empereur et la foi catholique. https://radionotredame.net/2021/actualite/bicentenaire-de-la-mort-de-napoleon-lempereur-et-la-foi-catholique-316392/