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Alzheimer6 juillet 20207 min65059 vues
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Alzheimer « inversé » chez un homme de 82 ans

Rodolphe Bacquet 6 juillet 2020
La bactérie clostridium difficile, responsable d'infections à répétition et antibiorésistantes, qui a conduit le patient de 82 ans à être transplanté

Chers amis,

C’est un « scoop » comme rarement il est donné à un rédacteur d’en envoyer à ses lecteurs.

« À notre connaissance, ceci est le premier cas recensé d’inversion rapide des symptômes d’Alzheimer » … 

Cette phrase inouïe ouvre le rapport publié mardi 30 juin dans le Journal of International Medical Research.

L’étude est disponible gratuitement en ligne[1] et je vous recommande vivement de la lire, elle est passionnante (en anglais).

82 ans et Alzheimer depuis cinq ans

Un patient âgé de 82 ans présentait depuis cinq ans un déclin inexorable de sa mémoire et de ses capacités cognitives.

Ses symptômes : confusion, amnésie (oubli du nom de ses proches), dépression, apathie.

Le diagnostic tombe alors : c’est Alzheimer.

Le traitement qu’on lui applique est 28 mg de mémantine et 23 mg donépézil chaque jour – deux médicaments chimiques « classiques » mais inefficaces, à tel point qu’ils ne sont plus remboursés en France depuis 2 ans.

Son Alzheimer continue de progresser.

Son épouse raconte qu’il a alors besoin d’une assistance permanente pour se préparer à manger, se laver et prendre ses médicaments. Et qu’il n’apprécie plus la compagnie d’autres personnes.

Il se souvient de l’anniversaire de sa fille 

Voici, alors, qu’il subit un traitement très particulier dont je vous présente les résultats ébouriffants :

  • Ses capacités cognitives s’améliorent nettement, ses émotions reviennent.
  • Au bout de quatre mois, ses symptômes d’Alzheimer cessent de progresser. Mieux encore, notre patient retrouve la mémoire de manière « continue » : il se souvient de la date d’anniversaire de sa propre fille, qu’il avait oubliée pendant plusieurs années.
  • Au bout de six mois, le patient déclare se sentir de bien meilleure humeur. Il prend de nouveau du plaisir dans ses rapports sociaux, ses sentiments deviennent expressifs.

Pendant ces six mois, ses résultats aux tests cognitifs sont « remontés » à un tel niveau qu’ils n’entrent plus dans la case « démence sénile ».

Alzheimer a bel et bien été inversé chez cet homme de 82 ans, en six mois.

Transplanté par sa propre épouse !

Je sais, une telle information coupe le souffle.

Vous allez voir, c’est le résultat d’une coïncidence de traitements.

Cela arrive parfois dans la science : des hasards, même des erreurs, font progresser les chercheurs dans une toute autre direction. Cela fut le cas pour la pénicilline, le viagra et d’autres traitements aujourd’hui courants. 

Le traitement qui a souri à ce patient de 82 ans ciblait une autre maladie qu’Alzheimer. 

Cet homme subissait en effet des infections intestinales répétées aux bactéries Clostridioides difficile, plutôt courantes mais de plus en plus résistantes aux antibiotiques.

Contre ces infections, son médecin a émis l’idée de lui faire subir une transplantation fécale. 

Si vous ne connaissiez pas cette technique qui suscite, en général, une répugnance instinctive, sachez qu’elle constitue pourtant la manière la plus radicale et rapide de modifier le microbiote intestinal (ou « flore intestinale ») d’un patient malade. 

Le principe est de trouver un « donneur » sain de matière fécale, dont on transplante les selles par voie rectale au « receveur ».

Pendant le temps où cette matière reste dans l’intestin du receveur, la « bonne » population de bactéries du donneur sain colonise son système digestif… jusqu’à le renouveler en totalité !

Il faut évidemment trouver un donneur en parfaite santé… dont le receveur accepte de recevoir le « don ».

Dans le cas de notre patient, c’est sa propre épouse âgée de 85 ans, au microbiote intestinal parfaitement sain, qui s’est proposée. 

Vous avez compris ce qui s’est passé : cette transplantation a certes guéri son mari de ses infections intestinales répétées… mais elle aussi inversé, à la stupéfaction des médecins, ses symptômes d’Alzheimer.

C’est extraordinaire n’est-ce pas ?

Mais est-ce si surprenant ? 

Les maladies neurodégénératives commencent (aussi) dans le ventre 

La « révolution du microbiote » ne vous a sans doute pas échappé. 

Depuis la publication des livres-référence de Giulia Enders Le Charme discret de l’intestin[2] et de Thomas Uhl Et si je mettais mes intestins au repos ?[3], on connaît mieux l’influence déterminante sur notre santé de notre microbiote intestinal (ces milliards de bactéries qui vivent dans notre ventre) sur l’ensemble de notre santé.

À tel point qu’on appelle l’intestin « le deuxième cerveau », vous le savez ! 

Les scientifiques ont déjà relevé l’influence de la composition du microbiote intestinal dans plusieurs maladies neurologiques graves, telles que l’autisme[4], Parkinson[5] et la sclérose en plaques[6]. 

Inverser Alzheimer depuis le ventre

C’est très récemment qu’une modification du microbiote intestinal chez les malades d’Alzheimer a été confirmée [7].

Pas plus tard que jeudi 2 juillet, une nouvelle étude a relevé chez les patients atteints d’Alzheimer des agrégats anormaux de cellules béta-amyloïdes… qui se produisent normalement dans le cerveau ! [8].

Ce sont ces agrégats qui avaient permis à Aloïs Alzheimer d’identifier pour la première fois la maladie qui porte son nom.

De telle recherches confirment qu’Alzheimer pourrait, au moins partiellement, commencer dans le ventre… mais aussi être inversé depuis le ventre !!

Quelle nouvelle !

Un formidable espoir se lève !

Transmettez ce message au plus de personnes possibles, notamment aux malades d’Alzheimer et à leurs proches !

J’essaierai de vous écrire le plus rapidement possible sur cette formidable découverte, qui marque sans doute un nouveau départ dans la recherche contre les maladies neurodégénératives !

Portez-vous bien,
Rodolphe


Sources :

[1] HAZAN S. “Rapid improvement in Alzheimer’s disease symptoms  following fecal microbiota transplantation” Journal of International Medical Research, juin 2020, disponible sur : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0300060520925930

[2] ENDERS Julia Le charme discret de l’intestin, Actes Sud Éditions, Paris, 2015

[3] UHL Thomas Et si je mettais mes intestins au repos, Solar, Paris, 2016

[4] KANG DW, ADAMS JB, COLEMAN DM, et al., « Long-term benefit of microbiota transfer therapy on autism symptoms and gut microbiotac  »  Sci Rep 2019; 9: 5821. DOI: 10.1038/s41598-019-42183-0.

[5] MINATO T.  MAEDA T.  FUJISAWA Y. et al., « Progression of Parkinson’s disease is associated with gut dysbiosis: two-year follow-up study”. PLoS One 2017; 12: e0187307. DOI: 10.1371/journal.pone.0187307.

[6] MIYAKE S. , KIM S., SUDA W. et al.,  “Dysbiosis in the gut microbiota of patients with multiple sclerosis, with a striking depletion of species belonging to clostridia XIVa and IV clusters” PLoS One 2015; 10: e0137429. DOI: 10.1371/journal.pone.0137429. 

[7] VOGT NM., KERBY RL., DILL-MACFARLAND KA. et al., “Gut microbiome alterations in Alzheimer’s diseas” Sci Rep 2017; 7: 13537. DOI: 10.1038/s41598-017-13601-y. 

[8] https://physoc.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1113/JP279919 

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83 commentaires

  1. Constance

    Bonjour! Merci pour les bonnes nouvelles! Trouver un remède pour l’Alzheimer serait tout implement révolutionnaire !Par chance je ne souffre pas de cette maladie, mais personne n’est à l’abri. Je vous encourage de vous y lancer dans l’enquête qui promet d’etre très enrichissant pour des milliers de personnes. Bravo pour tout votre travail! Chaleureuses salutations.

  2. Mireille

    La maladie d’Alzheimer peut être être génétique ?… mon mari a la maladie, que risquent nos enfants. Je suis les conseils nutritionnels au mieux que je peux, je pense que ça apporte ses fruits sur le ralentissement de l’évolution de la maladie. Merci !

  3. Jean Laforce

    Merci de votre compassion à l’égard de la santé, je vous lis toujours avec intérêts.
    J’aimerais porter votre attention vers les recherches du défunt dr. Bounos De l’université McGill à Montréal Qc Ca
    Sur le Microbiote vs les précurseurs du Glutathion vs les maladies neurodégénératives

  4. Claudine

    Bonjour, Oui cela paraît en effet intéressant mais on ne peut pas tirer de conclusions à partir d’un cas, il faudrait bien sûr beaucoup plus de cas étudiés. Cela dit la transplantation du microbiote intestinal fait timidement son entrée dans le monde médical, a-t-on du recul par rapport à cette technique ? Intéressant, révolutionnaire… sans doute et je l’espère. Je suis intéressée par vos recherches dans le domaine mais comme à chaque fois, habitant la Belgique les hôpitaux mentionnés ne me seront d’aucun secours, il en est de même pour certains produits dont on parle dans d’autres revues. Dommage que vous ne preniez pas cet aspect en compte dans vos publications. C’est parfois frustrant. Merci

  5. Cédric

    Bonjour Rodolphe
    Juste pour vous remerciez pour toutes ces enquêtes,le temps que vous y consacrez.
    Milles merci pour toutes vos lettres aussi intéressantes les unes que les autres.
    Bravo a toute l équipe

  6. Patricia

    Bonjour, une de mes amies est touchée depuis 4 ans par cette maladie, la voir se dégrader au quotidien me laisse impuissante. Quelle a été ma surprise d’apprendre que cette maladie pouvait ETRE INVERSÉE!
    Je suis impatiente de connaitre cette méthode . Cordialement.

  7. Serge

    Cher Monsieur,
    La réponse positive est évidente lorsque l’on connait les méfaits de cette terrible maladie
    Merci pour votre complément d’enquête que nous attendons.
    Serge C.Terrier

  8. Danielle

    Merci sans le savoir depuis 2ans je ne mange plus de pomme de terre, ni pâte et pain et je me porte mieux depuis je fait très attention a mon alimentation

  9. MIREILLE

    J’ai pris le temps de lire votre article d’hier car ma mère a été atteinte par la maladie d’Alzheimer, mais avec une sorte de rémission en toute fin de vie qui m’a interpellée. Elle est partie en raison d’un dernier infarctus et son état mental était redevenu presque satisfaisant.
    Je vous remercie de votre réflexion sur la maladie qui correspond à mes propres interrogations.
    Bien à vous.

  10. Aude-Reine

    Est-ce que ça pourrait marcher pour d’autres maladies dégénératives comme Parkinson?
    Est-ce que c’est possible de modifier assez sa flore avec des probiotiques ou la transplantation fécale est-elle nécessaire? Dans ce cas où trouver un donneur sain?

  11. Alain

    j’avais retenu cette histoire qui sort de l’ordinaire est ce une evolution naturelle la prise d’un médicament pour améliorer la mémoire(memintodha chez BIOTHASSOL)

  12. Gerda

    bonjour Rodolphe,
    oui je suis très confiante que cette méthode puisse solutionner ce problème d’Alzheimer, et beaucoup d’autres problèmes de santé. je veux bien sûr en savoir plus.
    Je me demande comment les médecins, ou les biologistes ont pu trouver et déterminer quel est le microbiote idéal, comment ont-ils pu choisir des donneurs ? Sur quels critères ? Des critères de santé générales du donneur, puis des critères de la composotion du microbiote de personnes en très bonne santé ?
    Quel est ce genre de microbiote ?
    Je me demande aussi si on a trouvé des donneurs, jusqu’où faut-il introduire de la matière fécale du donneur dans l’intestin ? Dans le gros intestin, ou faut-il aller forcément jusqu’à l’intestin grêle ?
    En tout cas c’est fascinant : tout ce qu’on nous a toujours répété, pipi, caca, sale, etc, n’est pas tout à fait exacte. Il est clair qu’on serait bien mieux soigné avec une médecine qui s’intéresse aux individus, au lieu de s’intéresser aux procédures.
    Merci encore d’être passionné pour les questions de santé,
    Gerda Léonard

  13. Viola

    Bonjour Rodolphe,
    je suis très intéressée par ce thème. Merci d’enquêter pour nous.
    Bien à vous,
    Viola

  14. Denise

    Une telle enquête serait un MAGNIFIQUE CADEAU !
    Cordialement
    Denise Delay

  15. Dominique

    Bonjour,
    Je souhaitais partager avec vous l’expérience vécue avec mon papa qui a eu la maladie d’Alzheimer. Au moins 15 ans avant d’avoir les premiers signes, presque insignifiants, de la maladie, mon papa avait des problèmes de pour aller à la selle correctement lui qui auparavant n’avait aucun problème. Bien évidemment il a consulté de nombreux médecins et spécialistes qui ont tous donnés des IPP sans vraiment chercher le fond du problème. Puis la maladie a été diagnostiquée puis stomie du colon…
    j’ai toujours pensé qu’il y avait un lien entre les 2 ce qui faisait rire mon papa et son médecin ! Je suis heureuse de lire que cette piste est prise en considération et lirai vos rapports et commentaires avec beaucoup d’attention.
    Cordialement,
    Dominique

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