Chers amis,
Voilà plus de dix ans que j’écris sur la santé naturelle, et il y a – Dieu merci ! – encore des nouvelles qui me surprennent au cours de la revue de presse que j’effectue quotidiennement.
La nouvelle, en l’occurrence, a été publiée dans Le Canard enchaîné et relayée dans L’Équipe[1] – que voulez-vous, le Mondial de foot commence, et il promet d’être hors-normes (et pas toujours pour les bonnes raisons).
Dans un papier daté de mardi dernier[2], Le Canard nous apprend qu’au cours du repas d’au-revoir-et-bonne-chance, avant son départ pour l’Amérique du Nord, organisé par le président Macron et sa ministre des sports, cette dernière a offert aux joueurs de Didier Deschamps…
… des pierres thérapeutiques !
En leur recommandant, je cite : « Glissez-les dans vos chaussettes ! » (sic)
Ah, comme il paraît tout à coup loin, le temps où même un médicament connu depuis des décennies comme la chloroquine, pour ne pas parler des médicaments homéopathiques, était estampillé « charlatanerie » par le gouvernement d’Emmanuel Macron !
Voilà à présent que ses propres ministres font dans les médecines douces, voire ésotériques !
Bleu blanc caillou
C’était le 2 juin, à Clairefontaine.
La ministre des sports, Marina Ferrari, a distribué à chaque joueur deux pierres, un jaspe bleu et un cristal de roche, en leur tenant ce discours :
« Lorsque, il y a plus de vingt ans maintenant, j’ai mené ma première campagne électorale, une supportrice m’avait donné une pierre de protection qui m’accompagne depuis. Aussi, pour vous porter chance pendant cette Coupe du Monde, j’ai souhaité vous offrir à mon tour deux étoiles en pierre »
Pourquoi ces deux pierres en particulier ?
Le jaspe bleu, a expliqué la ministre, « a des vertus dynamisantes et donne la force d’atteindre ses objectifs », tandis que le cristal de roche « réduit le stress et l’anxiété, augmente la confiance en soi et peut atténuer les douleurs musculaires ».
Diantre ! Ce discours avait-il été approuvé par l’Ordre des médecins ?
Qu’en dit la Miviludes, prête comme à bondir sur toute promesse thérapeutique non-validée par l’industrie pharmaceutique ?
Marina Ferrari aurait donc terminé sa distribution de pierres thérapeutiques et protectrices par cette recommandation pour le moins inhabituelle : « Glissez-les dans vos chaussettes. »
Il paraît, dixit Le Canard, qu’Emmanuel Macron était, je cite encore, « médusé ».
On n’est jamais trahi que par ses proches.
En politicien éprouvé, le président devrait le savoir.
Cette brève a suscité, dans la presse et sur les réseaux sociaux, des commentaires goguenards, voire franchement méprisants – notamment, quelle surprise !… de médecins comme le Dr Jérôme Barrière[3], qui s’affiche volontiers en lutte contre les « fausses informations médicales ». L’occasion était trop belle, j’imagine.
Ces réactions acerbes n’illustrent guère qu’une chose : l’indécrottable cartésianisme des médias et des « sachants » en France.
Car, au-delà de son côté cocasse, cette scène a en réalité quelque chose de profondément humain et rassurant.
La force cachée des rituels et des gri-gris
C’est la première fois, à ma connaissance, qu’une ministre fait son coming-out sur l’une de ces « pseudosciences » honnies par la doxa pharmaco-médicale française ; en l’espèce : la lithothérapie.
J’ai déjà consacré une lettre à la lithothérapie[4].
Je le répète ici : aucune étude scientifique n’a démontré qu’un cristal de roche émettrait une énergie mystérieuse capable de renforcer vos muscles, de soigner vos maladies ou de faire gagner une Coupe du Monde.
L’intérêt de la lithothérapie n’est pas là.
Je préfère vous parler ici de la signification du geste de la ministre : le pouvoir du rituel.
Depuis des décennies, les chercheurs étudient l’effet placebo, c’est-à-dire la capacité d’une croyance, d’une attente positive ou d’un rituel à provoquer de véritables changements physiologiques.
Un comprimé sans principe actif peut diminuer une douleur ; une blouse blanche peut renforcer la confiance dans un traitement ; et, oui, un rituel avant une compétition peut calmer le stress, améliorer la concentration, donner au cerveau ce dont il a parfois le plus besoin : un sentiment de contrôle et de sécurité.
Les sportifs de haut niveau le savent depuis toujours.
Le point commun entre le crâne de Fabien Barthez et le short de Michael Jordan
Vous vous souvenez de Laurent Blanc embrassant le crâne chauve de Fabien Barthez avant chaque match de la Coupe du Monde en 1998 :

De Rafael Nadal alignant méticuleusement ses bouteilles d’eau au millimètre près avant de servir[5]. La presse parle de « tic ».
Ou encore de Michael Jordan qui, paraît-il, portait sous son short des Chicago Bulls son vieux short universitaire de North Carolina, persuadé qu’il lui portait chance[6]. « Superstition ».
Ce ne sont pourtant ni des tics, ni de la superstition.
C’est un rituel qui, pour celui ou celle qui le pratique, a un effet rassurant, renforçant sa confiance en soi au seuil d’un évènement décisif.
Depuis toujours, nous avons besoin de porte-bonheur
Depuis que l’être humain existe, il emporte avec lui de petits objets auxquels il confie ses peurs, ses espoirs, ses prières : Ötzi (« l’homme des glaces », vieux de 5300 ans trouvé en 1991 dans les Alpes tyroliennes, je vous en parle souvent), portait une amulette autour du cou[7].
Il s’agissait de deux morceaux de polypore du bouleau (Piptoporus betulinus) enfilés sur une lanière en cuir : ce champignon est aujourd’hui reconnu pour ses vertus antibiotiques, anti-inflammatoires et antiparasitaires. Ötzi, qui souffrait de parasites intestinaux, s’en servait probablement comme vermifuge naturel ou pansement.
En raison de ces bienfaits, certains chercheurs supposent que ces morceaux de champignon pouvaient servir d’amulette ou de talisman chamanique pour le protéger lors de ses périples en haute montagne[8].
Au même moment – si j’ose dire – dans l’Égypte ancienne, on plaçait des scarabées de pierre sur les momies pour accompagner les morts dans l’au-delà.
Les guerriers romains portaient des amulettes avant d’aller au combat ; les marins embarquaient avec des médailles protectrices pour affronter les tempêtes.
Au Moyen Âge, certaines pierres étaient censées protéger contre les poisons, les maladies ou les mauvais sorts.
Même aujourd’hui, dans nos sociétés supposément « rationnelles », ces traditions n’ont pas disparu.
Un étudiant passe son examen avec son stylo fétiche, un chirurgien écoute toujours la même musique avant une opération difficile, un comédien conserve un objet porte-bonheur dans sa loge.
Un sportif répète exactement les mêmes gestes avant d’entrer sur le terrain.
Plusieurs films se font joliment l’écho de l’importance de ces rituels pour le mental, comme Gladiator, dans lequel le héros Maximus, au seuil de chaque nouvelle bataille ou combat dans l’arène, se frotte les mains avec la terre sur laquelle il s’apprête à se battre.
Notre époque se voulant plus scientifique, on parle plus volontiers de « routines », de « préparation mentale », d’« ancrages psychologiques », etc.
Mais le mécanisme profond est rigoureusement le même.
Alors, les Bleus gagneront-ils la Coupe du Monde grâce à deux pierres glissées dans leurs chaussettes ?
Probablement pas.
Car, pour qu’un tel rituel fonctionne, il y a un facteur essentiel à prendre en compte : il faut y croire.
Et là, nos millionnaires au ballon rond semblent plutôt avoir reçu leurs deux pierres avec perplexité.
Mais s’ils la gagnent, je prends le pari qu’il y aura rupture de stock de jaspe bleu et de cristal de roche dans la France entière.
En attendant le fin mot de cette histoire d’ici un mois (ou moins…) je vous invite à m’écrire en commentaire si, vous aussi, vous avez des rituels et/ou des porte-bonheurs qui vous aident aux moments « critiques » ou au quotidien.
Bon dimanche, et portez-vous bien.
Rodolphe
[1] Voir la source « La ministre des Sports aurait offert des pierres porte-bonheur aux joueurs de l’équipe de France avant leur départ pour la Coupe du monde », dans L’Équipe, le 10 juin 2026
[2] Voir la source Camille Eider, « La ministre des Sports apporte ses pierres à l’édifice », dans Le Canard enchaîné, le 9 juin 2026
[3] Voir la source Dr Jérôme Barrière, X
[4] Voir la source Rodolphe Bacquet, « Une infusion de diamant », dans Alternatif bien-être, le 24 mars 2024
[5] Voir la source ABr, « Nadal explique la raison de son tic des bouteilles », dans BMF RMC Sport, le 18 janvier 2020
[6] Voir la source « L’histoire du short fétiche de Michael Jordan », dans BASKET RETRO
[7] Voir la source Nathalie Lamoureux, « Les mystères de l’histoire – La malédiction d’Ötzi, dans Le Point, 13 octobre 2012
[8] Voir la source Hubert Voiry, « Les champignons d’Ötzi, l’homme des glaces du Néolithique, dans The Conversation