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Santé et émotionsSociété10 juin 202612 min30 vues
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TDAH : merci pour vos commentaires

Rodolphe Bacquet 10 juin 2026

Chers amis,

Vous avez laissé plus de 70 commentaires en quelques heures à ma lettre de dimanche sur les « neurodivergences » : TDAH, TSA, HPI et autres acronymes dont les diagnostics ont connu une flambée spectaculaire ces toutes dernières années.

Je vous remercie de votre implication, et de votre confiance, car vous êtes plusieurs à vous être longuement confiés ; je pense notamment à vous, Cinnamon, Paty, Nadine, Monique ou Elisabeth qui racontez l’impact qu’a eu, et a encore, un tel diagnostic sur vous-même ou un proche.

La plupart d’entre vous êtes d’accord avec mes lectures de ce phénomène : une réalité clinique, qui permet de comprendre et d’avancer pour certains, mais qui devient un piège pour d’autres – notamment pour les enfants – surtout lorsque ce diagnostic pèche par son côté « enfermement dans une case », ou traduit une mode.

Pascale m’écrit très justement à ce sujet : « notre société met désormais en avant « la différence » comme s’il fallait s’en féliciter : et il s’agit bien alors d’une dérive car l’enfant « étiqueté » comme différent en souffre fatalement. »

Sylvie : « L’éducation tend à normaliser les enfants » ; l’expérience en tant que grand-père d’Alain confirme cet écueil dans lequel parents et école tombent aujourd’hui.

En revanche Michèle est mécontente : « Votre article est méprisant pour les neuro divergents qui ont déjà du mal à vivre correctement, et il rabaisse au niveau d’un effet de mode tout un groupe de personnes diagnostiqués tard, comme c’est mon cas. Les neurodivergents ne se traitent pas « à la louche » comme vous dites si bien. Encore une mode de dénigrement des neuroatypiques. J’attendais mieux de vous. »

Mon intention n’était pas de mépriser qui que ce soit, Michèle, mais de poser les questions et les limites qu’engendre la transformation d’un outil de diagnostic psycho clinique en « tendance » à mon sens aujourd’hui hors de contrôle.

Mais je reviens sur les diagnostics de TDAH, dont l’inflation est inquiétante, pour cette fois en questionner les causes.

Pourquoi cette « épidémie » ?

Vous êtes en effet plusieurs à vous interroger, à juste titre, sur les raisons de cette hausse de diagnostics de neurodivergence.

Cécile, psychiatre, met en cause l’erreur éducative de « l’enfant-roi » ; et elle n’est pas la seule.

Pascale, elle, évoque la « soupe chimique dans laquelle nous vivons depuis les années 60 ».

Mais un témoignage qui m’a paru particulièrement éclairant, c’est celui de Christine, que je reproduis in extenso et que je vous invite à lire jusqu’au bout :

« Rodolphe,
vous voyez juste, cette épidémie d’étiquetage, empêche les personnes de prendre responsabilité pour leur situation, leurs actes, ou le manque de. De plus les médecins distribuent la ritaline comme des petits bonbons à ces enfants, mais on ne cherche pas la source dans la malnutrition, l’excès de sucre à ces problèmes de concentration ou à l’hyperactivité de certains. La force des mots entendus, répétés sur le comportement des personnes est énorme, mais personne n’en tient compte. L’éducation des enfants est partie à la dérive. J’ai connu une maman qui sur l’ordonnance de son médecin a changé la nourriture de l’un de ses enfants hyperactifs, ce qui a donné les résultats attendus, L’enfant s’est calmé. Cette maman qui avait deux enfants et qui avait continué à nourrir le reste de sa famille comme d’habitude, trouvait trop fatigant de faire deux menus chaque jour, a demandé à son médecin s’il ne pouvait pas prescrire la ritaline à son fils, pour qu’elle ait moins de travail.
Depuis que les deux parents travaillent, ils ont moins de temps pour s’occuper de leurs enfants, et ceux-ci cherchent l’attention des autres en étant singulier. On est en train de créer une drôle de société
. »

Merci, Christine, pour votre témoignage, car il met le doigt sur un facteur dont je n’avais pas parlé dans ma lettre – qui aurait alors été encore plus longue ! Et il paraît que mes lettres le sont déjà trop… – et qui est pourtant non seulement fondamental, mais bien documenté : celui de l’alimentation.

Car oui, l’augmentation ahurissante des diagnostics de neurodivergence, et notamment de TDAH, a bel et bien partie liée avec la nutrition.

Attention : je ne suis évidemment pas en train de vous dire que le TDAH serait uniquement « causé » par une mauvaise alimentation.

Ce serait aussi faux que réducteur.

Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité est un phénomène complexe, qui implique l’environnement familial, le sommeil, l’exposition aux écrans, l’activité physique… et bien d’autres facteurs encore.

Mais parmi ces facteurs, il en est un que notre société a curieusement tendance à sous-estimer – y compris, et c’est le plus grave, les psychologues eux-mêmes, encore mal formés à cette question : ce que nous mettons chaque jour dans notre assiette.

Car votre cerveau, vous le savez, n’est pas une machine séparée du reste du corps. Il se nourrit des nutriments que vous ingérez, dépend de votre métabolisme et dialogue en permanence avec votre intestin.

Et il est donc logique que des changements alimentaires profonds, comme ceux que nous avons connus depuis la seconde moitié du siècle dernier, avec l’industrialisation à outrance de ce que nous mangeons, puissent avoir une influence sur notre humeur, notre attention et notre comportement.

Quand l’assiette moderne perturbe le cerveau

En 2022, des chercheurs ont publié dans la revue Nutrients une grande synthèse des études consacrées au lien entre alimentation et TDAH[1].

Les conclusions sont sans appel : les enfants ayant une alimentation dite « occidentale », c’est-à-dire riche en boissons sucrées, aliments ultra-transformés, sucres rapides, graisses de mauvaise qualité, présentent davantage de symptômes associés au TDAH.

Une étude chinoise, l’année suivante, a elle aussi conclu sans ambiguïté, je cite, que « la consommation d’aliments transformés (notamment les sucreries et les aliments de base) était significativement associée à un risque accru de TDAH (…). Par conséquent, améliorer l’éducation à la santé concernant les comportements alimentaires et les habitudes alimentaires pourrait constituer une méthode efficace et pratique pour la prévention et la prise en charge du TDAH chez les enfants chinois.[2] » 

À l’inverse, les modèles alimentaires riches en fruits, légumes, poissons, céréales complètes et aliments peu transformés semblent associés à une meilleure régulation de l’attention et du comportement :  on a par exemple constaté un rapport inversement proportionnel entre « l’adhésion » au régime méditerranéen et la probabilité d’un diagnostic de TDAH.

Comprenez :  plus une personne – qu’elle soit enfant ou adulte – a un régime alimentaire éloigne du régime méditerranéen, plus son « risque » de TDAH augmente[3].

Certes, avancent les chercheurs, un enfant impulsif peut aussi être davantage attiré par des aliments très stimulants, riches en sucre, sel ou additifs.

Mais cette relation dans les deux sens est précisément intéressante : l’alimentation influence le cerveau… et le cerveau influence nos choix alimentaires.

Mais surtout, quels parents aujourd’hui sont conscients, sinon du lien de cause à effet, du moins de l’association et de l’aggravation de ce type d’alimentation qui transforme la vie de leur enfant – et la leur – en enfer ?

L’une de mes connaissances, dont les trois enfants ont été diagnostiqués soit TDAH soit TSA, ne se résout pas à les priver de céréales industrielles au petit-déjeuner, de tartines de confiture sur du pain blanc (ainsi, mais ça c’est une autre question, que d’un copieux « temps d’écran » chaque jour) au prétexte que « si ça leur fait plaisir, c’est que ça leur fait du bien ».

Ce type de comportement est décourageant et, malgré toute l’amitié et le respect que j’ai pour elle, il témoigne d’une forme d’aveuglement à la fois confortable et tragique.

Toutefois, mes trois enfants ne souffrant pas de ces symptômes, j’admets sans difficulté que je ne sais pas comment je réagirais s’ils étaient aussi difficiles à la maison, et si je ne cèderais pas à leur phobie des légumes.

Le cerveau affamé de bons gras

Essayons de passer aux solutions.

Parmi les nutriments les plus étudiés depuis quelques années, figurent les oméga-3.

Ce n’est pas un hasard.

Le cerveau humain est un organe extraordinairement riche en graisses : près de 60 % de sa matière sèche est constituée de lipides.

Or certains acides gras, notamment le DHA et l’EPA présents dans les poissons gras, jouent un rôle majeur dans :

  • la souplesse des membranes des neurones ;
  • la communication entre les cellules nerveuses ;
  • la régulation de l’inflammation ;
  • certains circuits liés à la dopamine, cette molécule clé de la motivation et de l’attention.

Plusieurs essais cliniques ont donc testé les compléments d’oméga-3 chez les enfants présentant un TDAH.

Les résultats ne montrent pas de miracle.

On ne remplace pas un accompagnement médical ou éducatif par une capsule d’huile de poisson.

Mais plusieurs méta-analyses observent un effet modeste, en particulier chez certains enfants ayant un statut insuffisant en oméga-3[4].

Autrement dit : il ne s’agit peut-être pas de « supplémenter tout le monde », mais de se demander si certains cerveaux ne fonctionnent pas tout simplement avec des réserves insuffisantes.

Et si certains enfants réagissaient à certains aliments ?

L’une des pistes les plus étonnantes concerne ce que les chercheurs appellent les « régimes d’élimination ».

Le principe est simple : retirer temporairement de nombreux aliments potentiellement problématiques, puis les réintroduire progressivement afin d’identifier d’éventuelles sensibilités individuelles.

L’une des chercheuses les plus connues dans ce domaine est la Dre Lidy Pelsser, aux Pays-Bas.

Dans une étude publiée dans The Lancet en 2011, son équipe a observé qu’un régime restrictif personnalisé pouvait réduire significativement les symptômes chez une partie des enfants atteints de TDAH[5].

En 2017, une nouvelle revue publiée dans PLOS One concluait que les régimes d’élimination semblaient être l’une des approches alimentaires donnant les effets les plus importants… mais seulement chez certains enfants[6].

Et c’est là toute la nuance.

Il n’existe évidemment pas un aliment responsable du TDAH.

Mais il existe peut-être des enfants dont le cerveau est particulièrement sensible à certaines réactions inflammatoires, immunitaires ou digestives.

Votre intestin et votre cerveau dialoguent en permanence

C’est d’ailleurs l’une des grandes découvertes scientifiques de ces dernières années : notre cerveau et notre intestin discutent en permanence.

Les chercheurs parlent désormais de « l’axe intestin-cerveau ».

Cet axe commence à être connu ; il est regrettable qu’il ne soit pas suffisamment pris en compte dans le traitement de ces neurodivergences, ni surtout que les parents d’enfants diagnostiqués TDAH ne soient suffisamment informés – oserais-je dire « éduqués » ?

Les milliards de bactéries qui vivent dans votre tube digestif produisent des substances capables d’influencer :

  • votre système immunitaire ;
  • votre inflammation ;
  • certaines molécules impliquées dans l’humeur et le comportement.

Des différences de microbiote intestinal ont été observées chez des personnes présentant un TDAH ou un trouble du spectre autistique[7].

Cela ne signifie pas que certaines bactéries provoquent l’autisme ou le TDAH, mais cela suggère que notre écosystème intestinal (et donc la façon dont on le nourrit… par un régime sain ou, au contraire, truffé de produits blancs, raffinés et industrialisés) pourrait influencer la manière dont ces particularités neurologiques s’expriment.

Il est désormais établi que les maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson commencent dans le ventre.

Alors pourquoi pas les TDAH et TSA ?

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Voir la source Sofia Pinto et al., « Habitudes alimentaires et interventions diététiques dans le TDAH : une revue narrative », dans PMC PubMed Central, le 16 octobre 2022

[2] Voir la source Wu Yan et al., « Consommation d’aliments transformés et de sucreries et comportements associés au trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité chez l’enfant : une étude cas-témoin », dans PMC PubMed Central, le 2 mars 2023

[3] Voir la source Alejandra Rios-Hernandez et al., « Le régime méditerranéen et le TDAH chez les enfants et les adolescents », dans PMC PubMed Central, février 2017

[4] Voir la source Klaus W Lange et al., «Nutrition et prise en charge du TDAH : revue des recherches récentes », dans PMC PubMed Central, le 28 juillet 2023

[5] Voir la source Lidy M Pelsser et al., « Effets d’un régime d’élimination restrictif sur le comportement des enfants atteints de troubles déficitaire de l’attention avec hyperactivité (étude INCA ) un essai contrôlé randomisé », dans PMC PubMed Central, le 5 février 2011

[6] Voir la source Lidy M Pelsser et al., « Alimentation et TDAH : revue systématique des méta-analyses d’essais contrôlés par placebo en double aveugle évaluant l’efficacité des interventions diététiques sur le comportement des enfants atteints de TDAH » dans PMC PubMed Central, le 25 janvier 2017

[7] Voir la source Caspar Bundgaard-Nielsen et al., « Profils du microbiote intestinal dans les troubles du spectre autistique et le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité : une revue systématique de la littérature » dans PMC PubMed Central, le 24 avril 2020

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  1. Delphine Milan
    Je viens de lire votre article sur l alimentation liée aux comportements hors normes des enfants . Il existe un syndrome pédiatrique pratiquement strictement dû à la microbiote , il s agit du pans-pandas qui en Italie ( ou je vis ) sera bientot reconnu officiellement. Notre fils en est atteint depuis quelques années mais soigne tard( depuis seulement un an ). Depuis 25 ans la maladie a été découverte aux états unis mais certains docteurs pinaillent encore sur le lien entre alimentation et comportements ce qui retardent les diagnostics alors qu un enfant sur 2 en serait atteint . La neuropsichiatra de notre fils ´ a pas su l’étiqueter et n’avait que vaguement entendu parler de cette maladie . C’est une rhumatologue pédiatrique qui nous a confirmé le syndrome de pans pandas et a prescrit des antibiotiques et une diete anti-inflammatoire. Les antibiotiques sont prescrits sous forme de piqûre de pénicillines pour «  calmer » les anticorps qui attaquent les glandes de base du cerveau . Bref, En une semaine notre fils a recommencé à lire , a se concentrer , à jouer et à retourner à l école . Les symptômes ne viennent pas tous d un coup ( il y en a une dizaine ) et varient d’un enfant à k autre et de l’année . Les virus et microbes influencent aussi sur le comportement car les anticorps sont en majorité dans la microbiote intestinale . En un an nous avons pu constater combien l alimentation est en fait fondamentale et primordiale . Et combien un soda deglingue un comportement en quelques minutes ou chips et bonbons en quelques heures . Beaucoup de livres ont été écrits sur le sujet , beaucoup d études sont faites et démontrent les ravages . Oui l alimentation ,que parfois nous croyons assez bonne , a un impact direct sur le cerveau et oas seulement sur les enfants . Mais je pense aussi aux ados agressifs qui tuent leur maîtresse ou parents : penchons nous sur leur assiette . Mon fils de 8 ans m’a menacé avec un couteau plusieurs fois , certes ils ont des motifs cela ne vient pas sans «  raison «  mais le desiquilubre oui porte a un déséquilibre mental car chimiquement il se passe quelque chose de concret .

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