Aller au contenu
Alimentation7 mai 20198 min201929 vues
108 commentaires

La délicieuse noix… qui peut vite vous intoxiquer

Rodolphe Bacquet 7 mai 2019

Précaution indispensable à prendre avec la noix du Brésil

Chers amis, 

Aux yeux de la plupart de mes amis, la noix du Brésil est un aliment quasi miraculeux, qui a la réputation de protéger du cancer de la prostate et du sein.

La noix du Brésil, c’est délicieux. Moi-même j’adore son goût fondant, qui se rapproche de celui de la noix de coco.

Il m’est arrivé d’en manger des poignées entières entre deux repas… mais c’est quelque chose que j’évite désormais absolument.

Il faut d’abord que je vous explique pourquoi la noix du Brésil a si bonne réputation.

Cela tient à sa richesse en sélénium.

Vous avez besoin de sélénium

Le sélénium est un oligo-élément indispensable au bon fonctionnement du corps.

Il combat la « rouille » de vos cellules, que les spécialistes appellent « stress oxydatif », en produisant une enzyme très importante : le glutathion peroxydase. 

C’est cette enzyme qui, avec la vitamine E, protège les cellules de l’oxydation.

C’est donc un allié antivieillissement très important !

Le sélénium participe également au bon fonctionnement du foie, et à l’élimination des métaux lourds. Il soutient le système immunitaire et assure la bonne marche de votre thyroïde[1].

Son rôle dans la fertilité est aussi prouvé : il permet une meilleure mobilité des spermatozoïdes et réduirait les risques de fausse couche.

Le problème avec le sélénium

Malheureusement, notre corps ne produit pas naturellement de sélénium.

Le seul apport possible est alimentaire.

C’est pourquoi la carence en sélénium est fréquente. Un symptôme classique d’une telle carence, c’est la diarrhée chronique. 

En Europe, un faible taux de sélénium a été associé à une augmentation importante du risque de carcinome hépatocellulaire, le cancer du foie le plus courant[2].

Pourquoi je précise « en Europe » ? 

Parce que le sélénium se trouve dans le sol. La richesse en sélénium de nos aliments dépend donc du sol où ont poussé les céréales, les fruits et les légumes que nous consommons. 

Or, les sols européens sont pauvres en sélénium.

La noix du Brésil, championne du monde du sélénium

Consommer des noix du Brésil semble une bonne façon d’éviter une carence.

Car une noix de 5 g comprendrait en moyenne 95 microgrammes de sélénium[3], ce qui est de loin supérieur à tous les autres aliments réputés riches en sélénium : les huîtres, le thon et les abats de volaille.

Le noyer du Brésil, dont provient la célèbre « noix », produit de gigantesques fruits à coque.

Chacun peut contenir une douzaine de graines ou plus. Ces graines sont les fameuses « noix du Brésil » : 

Comme ces arbres poussent sur un sol naturellement riche en sélénium, leurs graines le sont aussi.

« Il suffit donc de manger des noix du Brésil pour ne pas être carencé en sélénium ! C’est formidable ! »

Mais ce n’est pas aussi simple.

Le sélénium devient vite un poison

Les apports journaliers recommandés en sélénium sont de 70 microgrammes pour les hommes, et de 60 microgrammes pour les femmes[4].

Et si on dépasse les doses ?

Eh bien, le sélénium devient rapidement toxique

En septembre 2018, une étude[5] listait les manifestations d’une intoxication au sélénium :

  • la perte des cheveux ;
  • des lésions aux ongles ;
  • des lésions de la peau ;
  • un état de fatigue prononcé ;
  • des maux de tête.

J’ai moi-même fait le lien avec les maux de tête qui m’arrivaient après avoir consommé des poignées entières de noix du Brésil ! 

Et encore, une migraine n’est qu’un signal !

Un excès de sélénium augmenterait, à terme, le risque de maladies bien plus graves :

  • le diabète de type 2[6];
  • les maladies cardiovasculaires ;
  • et même le cancer[7]! 

Selon la quantité que vous mangez, le sélénium peut donc vous protéger du cancer… ou vous y exposer davantage !!! 

À partir de quelle quantité journalière le sélénium devient-il toxique ?

L’étude qui portait sur le diabète de type 2 montrait une augmentation du risque à 200 microgrammes par jour ! 

Certaines autorités sanitaires ont fixé à 400 microgrammes la dose de toxicité – soit le double[8].

Si l’on se rapporte au tableau déjà cité de Passeport Santé, il suffirait de consommer 3 noix du Brésil par jour pour faire grimper le risque de souffrir de cette maladie !

Mais j’ai découvert… qu’il était impossible de connaître la teneur en sélénium d’une noix du Brésil ! 

Vous ne pouvez pas vous fier à la « teneur moyenne en sélénium » d’une noix du Brésil telle que décrite dans les classements sur Internet.

Car la teneur en sélénium connaît des variations absolument folles d’une récolte à l’autre.

Une étude menée il y a deux ans sur des noix du Brésil récoltées dans différentes parties de l’Amazonie révélait que, selon la région où elles sont cultivées, leur teneur en sélénium variait… de 2 mg/kg à 68 mg/kg[9] ! 

Ainsi, une seule noix du Brésil récoltée dans l’état du Mato Grosso couvre 11 % des apports journaliers recommandés en sélénium, tandis qu’une autre noix récoltée, elle, dans l’état de l’Amazonas couvrirait… 288 % de ces mêmes besoins !

À un tel niveau, on a dépassé le seuil de toxicité depuis longtemps !

Dans l’idéal, il faudrait pouvoir connaître la teneur des noix en sélénium que l’on mange.

C’est impossible.

J’achète mes noix du Brésil en vrac, dans une épicerie bio et ces informations ne figurent jamais dans les bacs.

J’ai fait le test avec un sachet estampillé « commerce équitable » de la grande distribution :

Sucres, graisses, fibres et tutti quanti y figurent, mais pas la teneur en sélénium. Ni même la provenance !

Je me rationne !

Alors voilà le résultat :

  • il faudrait manger 10 noix aux teneurs les plus faibles pour atteindre le seuil journalier recommandé;
  • avec 4 ou 5 noix aux teneurs les plus fortes, on dépasserait le seuil de toxicité.

Face à cette impasse, je vous suggère de manger quatre ou cinq noix grand maximum dans une journée, et surtout de ne plus en manger tous les jours.

À la place, vous pouvez manger des huîtres, des sardines, des harengs marinés ou des champignons shiitaké. Là, plus de risque de surdosage…

En cas de fringale, quelles sont vos « snacks » santé préférés ?

Portez-vous bien,

Rodolphe Bacquet

Sources :

[1] Rayman (M. P.), “Selenium and human health”, The Lancet, 29 février 2012, vol. 379, publication 9822, p. 1256–68, https://doi.org/10.1016/S0140-6736(11)61452-9.

[2] Hughes (D. J.) et al., “Prediagnostic selenium status and hepatobiliary cancer risk in the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition cohort”, The American Journal of Clinical Nutrition, 29 juin 2016, https://doi.org/10.3945/ajcn.116.131672.

[3] Passeport Santé.

[4] Kipp (A. P.) et al., “Revised reference values for selenium intake”, Journal of Trace Elements in Medicine and Biology 32, 2015.

[5] Majumdar (B.), Saini (N.), Agrawal (S.), Prakash (C.), “Familiar Manifestations of Unfamiliar Selenium Toxicity”, Indian Journal of Dermatology, 2018, 63(5):430-431, https://dx.doi.org/10.4103%2Fijd.IJD_455_17.

[6] Stranges (S.), Marshall (J. R.), “Natarajan R. Effects of Long-Term Selenium Supplementation on the Incidence of Type 2 Diabetes”, Annals of Internal Medicine, 2007;(147:217-223).

[7] Bleys (J.), Navas-Acien (A.), Guallar (E.), “Serum selenium levels and all-cause, cancer, and cardiovascular mortality among US adults”, JAMA Internal Medicine, 2008;(168:404-410), https://doi.org/10.1001/archinternmed.2007.74.

[8] Institute of Medicine, Food and Nutrition Board, Dietary Reference Intakes: Vitamin C, Vitamin E, Selenium, and Carotenoids, Washington, DC: The National Academies Press, 2000, https://doi.org/10.17226/9810.

[9] Da Silva Júnior (E. C.) et al., “Natural variation of selenium in Brazil nuts and soils from the Amazon region”, Chemosphere, 2017, https://doi.org/10.1016/j.chemosphere.2017.08.158

Partager :

Articles similaires

Alimentation25 mars 2026

Mortel pâté en croûte

Chers amis, Deux personnes sont mortes en France, il y a quelques semaines, après avoir mangé du pâté en croûte. Du pâté en croûte ! Pas…

25 mars 2026 8 min de lecture 1 commentaire

108 commentaires

  1. France

    Je lis tous vos articles avec engouement. Un merci tout spécial pour celui-ci portant sur la noix du Brésil!

  2. Thérèse

    Bonjour, j’ai toujours alterné noix du Brésil, amandes blanches, bananes déshydratées et grains de café enrobés de chocolat très noir comme en cas. À prendre l’après midi entre 16h00 et 17h00.

  3. Marianne

    Bonjour, pour mes fringales, je fais un mix de noix de grenoble, noix de pécan, raisins secs, noix de cajou, baies de goji et de temps en temps j’y ajoute la noix du brésil.

  4. Erwan

    Graine de soja bio grillées

  5. Dominique

    Bonjour,
    Merci pour votre info sur les noix du Brésil, cela confirme ce que j’avais déjà lu. En cas de fringale je mange un mélange d’amandes, noisettes, noix de cajous et noix du Brésil, ces dernières avec modération bien sûr (ou d’Amazonie, je ne sais pas s’il y a une différence ) ou 3-4 abricots secs ou un fruit, plus particulièrement une pomme. Le chocolat noir (1 ou 2 carrés) je me le garde pour le soir après le repas, afin de le déguster avec plaisir. Voilà rien de bien extraordinaire mais efficace, délicieux et je pense pas trop mauvais pour la santé voire bon.

  6. Anne

    Merci pour les infos. Fringale comblée par des graines de courge grillées, ou dattes, banane ou noix, souchet décortiqué, chocolat 85% ou 90%.

  7. Martine

    merci pour cet article, ouf ….. je l’ai échappé belle; en effet quand je n’ai ni chocolat noir , ni amandes lors de mes fringales du soir, il m’arrive de faire une « overdose » de noix du Brésil . Pour moi ce qui me fait arreter le grignotage c’est l’abus de lipides contenus ds ces noix ; 60gr pour 100gr !!!!!! Par contre je ne peux pas dire si cela provoque des effets secondaires …. pas plus que les noix de cajou ….il me semble .
    Voilà donc un conseil qui me freinera ds ma boulimie . Encore merci

  8. Jean-Frédéric

    Je prends régulièrement au petit déjeuner des mélanges de noix-étudiant (avec des raisins secs, mélange de « biocoop ») ajoutés à des noix de pécan (car elle ne me provoquent pas d’aphtes que celles de Grenoble me causent en général).. Il y a aussi quelques noix du Brésil dans le mélange, mais peu….

  9. michèle

    bonjour,
    article très intéressant, et si on ne mange qu’un noix par jour??

    en cas de fringale je croque quelques amandes

  10. Frédérique

    Bonjour, en cas de fringale, mes “snacks santé “ sont les suivants: banane avec beurre de cacahuète non salé/sucré, tranches de poires et parmesan, Ou bien un carré de chocolat noir 80% avec quelques amandes. Tout bio bien évidemment

  11. Vincent

    Article instructif et amusant….. Bravo !!

  12. Catherine

    Bonjour, en cas de fringale je mange deux tartines de sarrasin (Pain des Fleurs) avec de la purée d’amandes blanches ou du tahini.

  13. Christine

    Merci pour ces précieuses informations !
    Mais qu’en est il pour la consommation régulière d’amandes ou de noix ?

  14. François

    Bonjour,
    lorsque je risque une fringale, en pratiquant le sport ou pendant le travail de nuit, je prends une barre encas Herbalife au soja avec protéine et glucide.
    Coeurdialement

  15. François

    En cas de fringale, des noix dites de Grenoble font l’affaire, quasi un jour sur deux. Il faut dire qu’ici, dans la Nièvre, les noyers sont nombreux ! C’est bon et ça marche !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *