Chers amis,

Je ne pleure pas beaucoup et je le regrette.

Ce n’est pas que j’aimerais être triste, bien sûr.

Mais ceux qui pleurent facilement disposent d’un médicament naturel incroyable : les larmes.

Chaque fois que vous clignez des yeux, vous étalez une infime couche de larmes qui protègent vos yeux des infections.

C’est peu connu, mais ces larmes sont un concentré de sels minéraux, protéines et ions en partie produits par le système immunitaire, aux puissants effets antibactériens.

Plus vous pleurez, plus vous activez cet effet anti-microbes.

Les larmes d’or

Vous souvenez-vous du conte de Grimm, Raiponce ? Il s’agit de la jeune fille enfermée en haut d’une tour à laquelle on accède en grimpant à ses cheveux.

A la fin du conte, le chevalier venu la délivrer est devenu aveugle. Il retrouve la vue grâce à Raiponce, qui laisse tomber ses larmes à elle dans ses yeux à lui.

Les frères Grimm avaient sans doute compris intuitivement l’effet thérapeutique des larmes !

Parmi les composés antibactériens des larmes, on trouve une protéine fabuleuse, le lysozyme.

Cette enzyme désactiverait 90 à 95% des bactéries des yeux en 5 à 10 minutes[1].

Quand nos yeux sont agressés, nous pleurons naturellement. Ce faisant, nous apportons de plus grandes quantités de lysozyme, qui éliminent les substances nuisibles.

« Pleure un bon coup, ça ira mieux ! » C’est VRAI

Ce que j’ai appris, c’est que la composition des larmes change en fonction de ce qui nous fait pleurer.

Il y a les « larmes réflexe », celles qui arrivent quand vous épluchez un oignon. Elles arrivent pour protéger l’œil du gaz irritant produit par l’oignon… qui se transforme en acide sulfurique au contact de nos yeux !

Les larmes réflexes interviennent dès que nous avons une poussière dans l’œil, en présence de fumée de cheminée, sous l’action des gaz lacrymogènes.

Mais il y a aussi les « larmes d’émotion », provoquées par des pleurs de joie ou de tristesse.

Celles-ci contiennent plus de protéines et d’hormones[2], qui sont… des anesthésiants et des antidouleurs !

C’est pourquoi nous ressentons ce sentiment de soulagement après avoir pleuré, suite à une très forte émotion : grande tristesse, joie importante, ou même joie immense. Et même à nous détendre lorsque nous sommes stressés.

Ces larmes-là sont déclenchées par le cerveau et son « système limbique ».

Des hormones bienfaitrices au cœur de vos larmes

Dans le cocktail hormonal des « larmes d’émotion » on trouve la prolactine (qui agit aussi sur la production de lait chez les femmes) mais aussi la leucine encéphalique, qui agit sur le contrôle de la douleur.

Ces larmes seraient également riches en opiorphine, une molécule aussi efficace que la morphine pour lutter contre les douleurs post-opératoires[3] et neuropathiques[4], et qui aurait en outre un effet antidépresseur[5]

Enfin les larmes ont un autre bienfait : elles permettent d’évacuer beaucoup de composés toxiques du corps, parmi lesquels l’ACTH, une hormone liée au stress.

On peut connaître cet effet en pleurant de rire, face à une bonne vieille comédie avec Louis de Funès, ou face à un mélodrame – ça dépend de vos goûts !

Pleurer permettrait en tous cas de lutter contre plusieurs maladies associées au stress[6] :

  • L’hypertension artérielle ;
  • Les maladies cardiovasculaires ;
  • L’ulcère.

Pas tous égaux face aux larmes

Pardon d’avance pour le cliché, mais je pense que je pleure très peu… parce que je suis un homme.

Les enfants pleurent tous autant.

Mais après la puberté, les garçons pleurent beaucoup moins que les filles[7].

On ne peut pas exclure la cause « culturelle » de cette différence : il est moins bien vu pour les hommes de pleurer, alors que cela paraît normal chez les femmes.

Mais il y a également une explication hormonale : à la puberté, les hommes sécrètent beaucoup moins de prolactine que les femmes, l’hormone associée aux pleurs émotionnels dont je viens de vous parler.

C’est aussi pourquoi les femmes enceintes pleurent beaucoup plus facilement : elles sécrètent plus de prolactine !

La deuxième raison pour laquelle nous ne sommes pas tous égaux pour produire des larmes, c’est l’âge.

A partir de 40 ans, comme pour n’importe quelle glande, le système lacrymal devient moins performant, ce qui fait baisser la production de larmes.

Et les statistiques montrent que les personnes âgées fabriquent 60% de larmes de moins que les jeunes.

Écrans d’ordinateurs, néons et polluants agressent vos yeux

Il y a un troisième facteur qui joue dans la production de larmes, c’est votre lieu de vie et/ou de travail.

Avez-vous entendu parler du « syndrome des bâtiments pathogènes » (sick building syndrome) ?

Il provoque la sécheresse oculaire, qui produit une sensation d’avoir du sable dans les yeux, des démangeaisons ou une impression de brûlure, et une plus grande sensibilité à la lumière.

Les écrans d’ordinateur, et leur fameuse lumière bleue, sont en partie responsables[8]. Le travail prolongé sur écran accroît le risque d’avoir un œil sec, inflammatoire, une fatigue oculaire, des conjonctivites.

Mais d’autres facteurs rendent ces bâtiments « pathogènes »  :

  • Les plafonniers, à la luminosité trop forte et trop crue ;
  • La climatisation, qui produit un air trop sec et un excès de chaleur ;
  • La pollution provoquée par des appareils comme les imprimantes et les photocopieuses
  • L’absence d’aération, qui ne permet pas d’évacuer les polluants des peintures et moquettes

Quelques conseils pour produire plus de larmes !

Voici quelques conseils pour améliorer naturellement votre production lacrymale, en quantité comme en qualité.

–       La compresse d’eau chaude

Appliquez une compresse d’eau chaude sur vos paupières pendant 5 minutes, puis massez délicatement les paupières du dessus puis celles de dessous de l’intérieur vers l’extérieur.

Lors d’une étude, les participants appliquant cette méthode auraient vu leur production de larmes augmenter de 80%[9].

–       Prenez des oméga-3

A long terme, la consommation d’oméga-3 est le traitement de base pour lutter contre les yeux secs.

Intégrez régulièrement dans votre alimentation poisson gras, noix, huiles de lin ou de cameline ; ajoutez s’il le faut un supplément de 500 mg d’huile de poisson riche en EPA et en DHA.

Au bout de trois mois, deux patients souffrant de sécheresse oculaire sur trois témoignent d’une nette amélioration[10].

–       Évitez les lentilles de contact et le mascara

La sensation de sable dans l’œil au moment où l’on met des lentilles de contact est le signe… qu’il faut arrêter d’en mettre, au moins momentanément ! Le recours à des larmes artificielles ne résoudra que temporairement le problème.

Autre artifice à éviter si vous souffrez de sécheresse oculaire : le maquillage, et tout particulièrement le mascara[11] ! La sécheresse oculaire n’est en effet que le premier symptôme d’un emploi trop fréquent : viennent ensuite les conjonctivites récidivantes et les dermatites.

Si vous avez d’autres « trucs » pour garder vos yeux humides, je serai heureux de les connaître ! Envoyez-les-moi en cliquant ici.

Portez-vous bien,

Rodolphe


[1] Kehinde AJ, Ogugu SE, James BI, Paul DK, Racheal AM, et al. (2012) Tears Production: Implication for Health Enhancement. 1:476. doi:10.4172/scientificreports.476

[2] Ibid.

[3] STR-324, a Stable Analog of Opiorphin, Causes Analgesia in Postoperative Pain by Activating Endogenous Opioid Receptor-dependent Pathways.

Sitbon P, Van Elstraete A, Hamdi L, Juarez-Perez V, Mazoit JX, Benhamou D, Rougeot C.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27571257

[4] The Opiorphin Analog STR-324 Decreases Sensory Hypersensitivity in a Rat Model of Neuropathic Pain.

Van Elstraete A, Sitbon P, Hamdi L, Juarez-Perez V, Mazoit JX, Benhamou D, Rougeot C. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=STR-324+neuropathic

[5] Javelot Hervé, Messaoudi Michaël, Garnier Sandrine, Rougeot Catherine, Human opiorphin is a naturally occurring antidepressant acting selectively on enkephalin-dependent delta-opioid pathways, J Physiol Pharmacol, 2010, vol. 61(3), pp. 355-362

[6] Kehinde AJ, Ogugu SE, James BI, Paul DK, Racheal AM, et al. (2012) Tears Production: Implication for Health Enhancement. 1:476. doi:10.4172/scientificreports.476

[7] O’Mara PF (1990) Why Cry? Mothering, spring 70-71

[8] Yuichi Uchino, MD1; Miki Uchino, MD1,2; Norihiko Yokoi, MD3; et al – Alteration of Tear Mucin 5AC in Office Workers Using Visual Display Terminals The Osaka Study – JAMA Ophthalmol. 2014;132(8):985-992. doi:10.1001/jamaophthalmol.2014.1008

[9] Olson MC, Korb DR, Greiner JV. Increase in tear film lipid layer thickness following treatment with warm compresses in patients with meibomian gland dysfunction. Eye Contact Lens. 2003 Apr;29(2):96-9.

[10] Rahul Bhargava, Prachi Kumar, Manjushrii Kumar, Namrata Mehra, and Anurag Mishra – A randomized controlled trial of omega-3 fatty acids in dry eye syndrome – Int J Ophthalmol. 2013; 6(6): 811–816.

[11] Ciolino JB, Mills DM, Meyer DR. Ocular manifestations of long-term mascara use. Ophthal Plast Reconstr Surg. 2009 Jul-Aug;25(4):339-41. doi: 10.1097/IOP.0b013e3181ab443e.